Cali, un chanteur engagé... Tout est dit.
Je dirais même plus...
Qui êtes-vous ?
lundi 15 novembre 2010
vendredi 12 novembre 2010
Fêtards contre dormeurs
Nuisances sonores dans certains quartiers de Paris... Les patrons de bar prônent le dialogue et demandent que chacun s'écoute. C'est un peu la base du problème, non ?
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Collier de perles
jeudi 11 novembre 2010
Méfaits divers indeed
Je commence à croire que je suis une sorte de chat noir, puisque je viens d'assister, aux premières loges, à deux accidents de voiture en moins de trois heures. La chose est d'autant plus singulière que ce midi, entre deux bouchées de Parmentier, nous parlions avec C*** du surréaliste « Ne nous fâchons pas » (à quand le smiley ?) qui trône en caractères gras sur la première page des constats. En lisant ce conseil de sage, je m’imagine toujours Ned Flanders sortant de sa voiture emboutie pour lancer un jovial « Sala-sali-salut ! » au chauffard d’en face. Quoi qu’il en soit, j’ai profité de l’aubaine pour bien observer mes accidentés. Eh bien vous savez quoi ? Ils n’avaient pas dû lire la première page du constat…
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Méfaits divers
Trois plumes au Michelin
Déjeuner chez C*** ce midi. Mémorable Parmentier de canard aux cèpes, arrosé d’un cahors qui, comme dirait mon caviste, était « sur la gourmandise ». C*** m’avait aimablement prévenu que son Parmentier serait, quant à lui, « à la Derrida » (autrement dit, « déconstruit »), ce qui m’a enchanté. Du coup, je lui ai soumis l’idée d’ouvrir une sorte de restaurant littéraire, dont la carte pourrait ressembler à ceci :
Apéritif d’accueil
Perroquet à la Julian Barnes Entrées
Porto au melon à la Bukowski (possibilité sans melon - à régler d’avance)
ou
Rillettes « bien Grass » façon Günter
ou
Vol-au-vent à la Deforges (d’après une recette originale de Margaret Mitchell) Plats
Steak tartare à la Stoker
ou
Pilons de Georges Poulet façon genevoise
ou
Daube aux navets du Jardin d’Alexandre (déconseillé par le patron) Desserts
Saint-Honoré façon Balzac
ou
Pudding à la Modiano
ou
Homi Bhabha au rhum Pour digérer
Alcools au choix (s’adresser à Guillaume)
ou
Tisane Verlaine-menthe
Perroquet à la Julian Barnes Entrées
Porto au melon à la Bukowski (possibilité sans melon - à régler d’avance)
ou
Rillettes « bien Grass » façon Günter
ou
Vol-au-vent à la Deforges (d’après une recette originale de Margaret Mitchell) Plats
Steak tartare à la Stoker
ou
Pilons de Georges Poulet façon genevoise
ou
Daube aux navets du Jardin d’Alexandre (déconseillé par le patron) Desserts
Saint-Honoré façon Balzac
ou
Pudding à la Modiano
ou
Homi Bhabha au rhum Pour digérer
Alcools au choix (s’adresser à Guillaume)
ou
Tisane Verlaine-menthe
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Méfaits divers
mercredi 10 novembre 2010
Comme prévu...
Ça y est : Florent Pagny a enfin présenté ses excuses, après son « dérapage raciste » (dixit le CRAN, toujours en grande forme). On savait bien, d’ailleurs, que ce n’était qu’une question d’heures. Alors on attendait, comme ça, pour voir un peu le cirque habituel, les contorsions d’usage, les protestations émues, les preuves de citoyenneté cosmopolite, le jeu du « je-suis-encore-plus-antiraciste-que-vous » – bref : le spectacle du bienpensant progressiste qui se fait dévorer par les siens parce qu’il a eu le malheur de s’oublier une seconde. Mais sans plus d’enthousiasme que ça, à vrai dire. Le scénario est désormais tellement connu, la machine si bien rôdée, que même le comique de répétition ne fonctionne plus. Pagny avait donc déclaré qu’il avait préféré scolariser ses enfants aux États-Unis, parce qu’en France « il y a un moment où ton môme, il rentre à la maison et d'un seul coup, il se met à parler rebeu... » Il avait aussi fait part d’une conversation qu’il avait eue avec le plus jeune de ses fils : « Ce n'est pas possible : tu ne vas pas pouvoir me parler "çacom", parce que verlan, encore, tout va bien, mais là, il n'y a pas de raison. Tu vas passer à autre chose et tu vas essayer de rattraper le groupe de tête plutôt que de traîner ». Deux déclarations « nauséabondes » d’un coup, il faut dire qu’il a fait très fort, le Florent ! D’abord, il stigmatise le « parler rebeu » qui est pourtant, comme chacun sait, le détournement toujours inventif, souvent poétique et parfois subversif d’une langue (le français) moisie et sclérosée dans l’assurance de ses préjugés. (Car il est bien évident que « parler rebeu » ne signifie pas littéralement « parler arabe », comme fait semblant de le croire le CRAN. Mais passons.) Et puis surtout, il dénigre nos belles écoles publiques en envoyant ses rejetons aux « States », ce que font – pas folles – toutes nos « élites » politiques, médiatiques, artistiques et sportives depuis déjà belle lurette, mais en ayant le bon goût de continuer à nous vanter les mérites du riant métissage de nos collèges de ZEP et à nous chanter les louanges de la mixité sociale salvatrice de nos lycées professionnels. « Mais vous n’aurez pas… ma liberté de penser ! » Bah si. C'était même assez facile, en fait…
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mardi 9 novembre 2010
Le quenottier du peuple
En parlant du frangin, voici un extrait délicieux que, Château Yon-Figeac aidant, nous nous remémorions le week-end dernier... Il y avait de cela, trois années ; pris, au milieu d’une nuit, d’une abominable rage de dents, il se tamponnait la joue, butait contre les meubles, arpentait, semblable à un fou, sa chambre. C’était une molaire déjà plombée ; aucune guérison n’était possible ; la clef seule des dentistes pouvait remédier au mal. Il attendait, tout enfiévré, le jour, résolu à supporter les plus atroces des opérations, pourvu qu’elles missent fin à ses souffrances. Tout en se tenant la mâchoire, il se demandait comment faire. Les dentistes qui le soignaient étaient de riches négociants qu’on ne voyait point à sa guise ; il fallait convenir avec eux de visites, d’heures de rendez-vous. C’est inacceptable, je ne puis différer plus longtemps, disait-il ; il se décida à aller chez le premier venu, à courir chez un quenottier du peuple, un de ces gens à poigne de fer qui, s’ils ignorent l’art bien inutile d’ailleurs de panser les caries et d’obturer les trous, savent extirper, avec une rapidité sans pareille, les chicots les plus tenaces ; chez ceux-là, c’est ouvert au petit jour et l’on n’attend pas. Sept heures sonnèrent enfin. Il se précipita hors de chez lui, et se rappelant le nom connu d’un mécanicien qui s’intitulait dentiste populaire et logeait au coin d’un quai, il s’élança dans les rues en mordant son mouchoir, en renfonçant ses larmes. Arrivé devant la maison, reconnaissable à un immense écriteau de bois noir où le nom de « Gatonax » s’étalait en d’énormes lettres couleur de potiron, et en deux petites armoires vitrées où des dents de pâte étaient soigneusement alignées dans des gencives de cire rose, reliées entre elles par des ressorts mécaniques de laiton, il haleta, la sueur aux tempes ; une transe horrible lui vint, un frisson lui glissa sur la peau, un apaisement eut lieu, la souffrance s’arrêta, la dent se tut. Il restait, stupide, sur le trottoir ; il s’était enfin roidi contre l’angoisse, avait escaladé un escalier obscur, grimpé quatre à quatre jusqu’au troisième étage. Là, il s’était trouvé devant une porte où une plaque d’émail répétait, inscrit avec des lettres d’un bleu céleste, le nom de l’enseigne. Il avait tiré la sonnette, puis, épouvanté par les larges crachats rouges qu’il apercevait collés sur les marches, il fit volte-face, résolu à souffrir des dents, toute sa vie, quand un cri déchirant perça les cloisons, emplit la cage de l’escalier, le cloua d’horreur, sur place, en même temps qu’une porte s’ouvrit et qu’une vieille femme le pria d’entrer. La honte l’avait emporté sur la peur ; il avait été introduit dans une salle à manger ; une autre porte avait claqué, donnant passage à un terrible grenadier, vêtu d’une redingote et d’un pantalon noirs, en bois ; des Esseintes le suivit dans une autre pièce. Ses sensations devenaient, dès ce moment, confuses. Vaguement il se souvenait de s’être affaissé, en face d’une fenêtre, dans un fauteuil, d’avoir balbutié, en mettant un doigt sur sa dent : « elle a déjà été plombée ; j’ai peur qu’il n’y ait rien à faire. » L’homme avait immédiatement supprimé ces explications, en lui enfonçant un index énorme dans la bouche ; puis, tout en grommelant sous ses moustaches vernies, en crocs, il avait pris un instrument sur une table. Alors la grande scène avait commencé. Cramponné aux bras du fauteuil, des Esseintes avait senti, dans la joue, du froid, puis ses yeux avaient vu trente-six chandelles et il s’était mis, souffrant des douleurs inouïes, à battre des pieds et à bêler ainsi qu’une bête qu’on assassine. Un craquement s’était fait entendre, la molaire se cassait, en venant ; il lui avait alors semblé qu’on lui arrachait la tête, qu’on lui fracassait le crâne ; il avait perdu la raison, avait hurlé de toutes ses forces, s’était furieusement défendu contre l’homme qui se ruait de nouveau sur lui comme s’il voulait lui entrer son bras jusqu’au fond du ventre, s’était brusquement reculé d’un pas, et levant le corps attaché à la mâchoire, l’avait laissé brutalement retomber, sur le derrière, dans le fauteuil, tandis que, debout, emplissant la fenêtre, il soufflait, brandissant au bout de son davier, une dent bleue où pendait du rouge ! Anéanti, des Esseintes avait dégobillé du sang plein une cuvette, refusé, d’un geste, à la vieille femme qui rentrait, l’offrande de son chicot qu’elle s’apprêtait à envelopper dans un journal et il avait fui, payant deux francs, lançant, à son tour, des crachats sanglants sur les marches, et il s’était retrouvé, dans la rue, joyeux, rajeuni de dix ans, s’intéressant aux moindres choses. Joris-Karl Huysmans, À rebours, 1884.
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jeudi 4 novembre 2010
Jaurès et Dreyfus
Les juifs, l’argent, la trahison : avec Dreyfus, s’étend un très vieil antisémitisme qui avait été ragaillardi, et jusque dans les milieux les plus « populaires » et « ouvriers », par les scandales et les crises qui assaillent depuis si longtemps le pays. À gauche aussi, même chez les socialistes déclarés comme chez les militants conscients d’un mouvement ouvrier qui se cherche, il a resurgi sous cette forme instinctivement populiste d’hostilité immédiate et viscérale aux « youtres » manieurs d’argent et usuriers exploiteurs du peuple ; il a relancé l’argumentaire antijuif de tous les anticapitalistes sommaires et, en 1895, il s’est même trouvé des blanquistes notoires pour saluer leurs camarades autrichiens qui chassaient le juif dans Vienne. Séjournant alors brièvement en Algérie, Jaurès lui-même a certes compris que le peuple arabe avait le droit de « surveiller notre gestion » et saurait s’émanciper un jour, mais il a admis étrangement vite que les juifs appliquent là-bas « leurs procédés d’extorsion et d’expropriation », et il n’a guère reproché au jeune « parti socialiste algérien » de prendre âme et élan militant, bel euphémisme, « sous la forme un peu étroite de l’antisémitisme ». On ne l’a certes jamais vu parader, comme certains de ses camarades, avec des antisémites déclarés, même quand il fallut à tout prix aider les verriers d’Albi et que La Libre Parole et Drumont auraient pu être sollicités ; il a toujours tenu pour l’idée, foncière chez lui, qu’il n’y a « qu’une race, qui est l’humanité ». Et il est tout aussi vrai, en revanche, que les premiers dreyfusards ont convaincu et mobilisé des républicains – un petit groupe que Jaurès a défini comme « judaïsant et panamisant » - qui avaient trempé dans le scandale de Panama et étaient restés très hostiles aux socialistes : par exemple, ce Ludovic Trarieux, auteur de l’appel, décisif, dont sortira en juin 1898 la Ligue des droits de l’homme, qui a rapporté sans broncher sur les « lois scélérates » en 1893 et qui, garde des Sceaux en 1895, a directement soutenu Rességuier à Carmaux. Si bien qu’il n’est que trop clair qu’à la différence de Zola, Jaurès n’est pas d’abord devenu dreyfusard par haine de l’antisémitisme. Et pour comprendre qu’il ait si tardivement soutenu Dreyfus, faudrait-il en outre admettre qu’en lui l’intellectuel a été tenu en lisière par le socialiste ? (p. 109-111) Jean-Pierre Rioux, Jean Jaurès, Perrin, 2005.
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Brut de livre
lundi 1 novembre 2010
MDR ! (Pour de vrai…)

Faut-il y voir un présage ?
Il y a quelques semaines, déjà, cette charmante annonce me faisait comprendre le véritable sens de l’expression « aller s’enterrer dans un trou ».
Aujourd’hui, je débusque par le plus grand hasard ce repaire d’aliénés…
Happy Halloween!
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Méfaits divers
dimanche 31 octobre 2010
Sortie dominicale : le dépaysement au coin de la rue
Oubliez le cinéma. De plus en plus, il suffit de sortir de chez soi pour se croire non plus devant mais dans un film de science-fiction. Ainsi, je viens de croiser un jeune quadra en jean-blazer-écharpe, sourire béat, iPhone dégainé, tout occupé à photographier (filmer ?) ses deux mouflets (Mathis et Luna ? Oscar et Emma ? Gabin-Louis et Vélove ?) Que faisaient d’extraordinaire ces deux angelots ? me demanderez-vous. Leurs premiers pas citoyens, vous répondrai-je, puisque, sur la pointe de leur petits petons, langue sortie sous l’effet de la concentration, ils jetaient des bouteilles d’Evian dans la poubelle du recyclage (pardon : la borne de tri sélectif). On peut comprendre l’émotion et la fierté du jeune « papa » devant une telle précocité. Engendrer coup sur coup deux agitateurs du tri, ça vous donnerait presque envie d’embrasser votre prostate.
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Méfaits divers
jeudi 21 octobre 2010
Six pieds sous terre, tu ris encore
Nous parlons en silence
D'une jeunesse vieille.
Nous savons tous les deux
Que le monde sommeille
Par manque d'imprudence.
D'une jeunesse vieille.
Nous savons tous les deux
Que le monde sommeille
Par manque d'imprudence.
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Vocalises
Acquis social
Mouvements sociaux : Lady Gaga reporte ses concerts parisiens. Au moins, tout ça aura servi à quelque chose...
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Brève de computoir
lundi 11 octobre 2010
Unhappy is he to whom...
Now I ride with the mocking and friendly ghouls on the night-wind, and play by day amongst the catacombs of Nephren-Ka in the sealed and unknown valley of Hadoth by the Nile. I know that light is not for me, save that of the moon over the rock tombs of Neb, nor any gaiety save the unnamed feasts of Nitokris beneath the Great Pyramid; yet in my new wildness and freedom I almost welcome the bitterness of alienage. For although nepenthe has calmed me, I know always that I am an outsider; a stranger in this century and among those who are still men. This I have known ever since I stretched out my fingers to the abomination within that great gilded frame; stretched out my fingers and touched a cold and unyielding surface of polished glass. H. P. Lovecraft, "The Outsider", Weird Tales, 1926.
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Anglicisme,
Brut de livre
samedi 2 octobre 2010
Une paire de bottes vaut Shakespeare
Coïncidence (ou pas) : quelques minutes avant de lire ces lignes, j’apprenais par la radio que le jeu vidéo PES avait été « le produit culturel le plus vendu en France en 2006 »… Les héritiers du tiers-mondisme ne sont pas seuls à préconiser la transformation des nations européennes en sociétés multiculturelles. Les prophètes de la postmodernité affichent aujourd’hui le même idéal. Mais tandis que les premiers défendent, face à l’arrogance occidentale, l’égalité de toutes les traditions, c’est pour opposer les vertiges de la fluidité aux vertus de l’enracinement que les seconds généralisent l’emploi d’une notion apparue voici quelques années dans le monde de l’art. L’acteur social postmoderne applique dans sa vie les principes auxquels les architectes et les peintres du même nom se réfèrent dans leur travail : comme eux, il substitue l’éclectisme aux anciennes exclusives ; refusant la brutalité de l’alternative entre académisme et innovation, il mélange souverainement les styles ; au lieu d’être ceci ou cela, classique ou d’avant-garde, bourgeois ou bohème, il marie à sa guise les engouements les plus disparates, les inspirations les plus contradictoires ; léger, mobile, et non raidi dans un credo, figé dans une appartenance, il aime pouvoir passer sans obstacle d’un restaurant chinois à un club antillais, du couscous au cassoulet, du jogging à la religion, ou de la littérature au deltaplane. S’éclater est le mot d’ordre de ce nouvel hédonisme qui rejette aussi bien la nostalgie que l’auto-accusation. Ses adeptes n’aspirent pas à une société authentique, où tous les individus vivraient bien au chaud dans leur identité culturelle, mais à une société polymorphe, à un monde bigarré qui mettrait toutes les formes de vie à la disposition de chaque individu. Ils prônent moins le droit à la différence que le métissage généralisé, le droit de chacun à la spécificité de l’autre. Multiculturel signifiant pour eux abondamment garni, ce ne sont pas les cultures en tant que telles qu’ils apprécient, mais leur version édulcorée, la part d’elles-mêmes qu’ils peuvent tester, savourer et jeter après usage. Consommateurs et non conservateurs des traditions existantes, c’est le client-roi en eux qui trépigne devant les entraves mises au règne de la diversité par des idéologies vétustes et rigides. (p. 150) À condition qu’elle porte la signature d’un grand styliste, une paire de bottes vaut Shakespeare. Et tout à l’avenant : une bande dessinée qui combine une intrigue palpitante avec de belles images vaut un roman de Nabokov ; ce que lisent les lolitas vaut Lolita ; un slogan publicitaire efficace vaut un poème d’Apollinaire ou de Francis Ponge ; un rythme de rock vaut une mélodie de Duke Ellington ; un beau match de football vaut un ballet de Pina Bausch ; un grand couturier vaut Manet ; Picasso, Michel-Ange ; l’opéra d’aujourd’hui – « celui de la vie, du clip, du jingle, du spot » (J. Séguéla) – vaut largement Verdi ou Wagner. Le footballeur et le chorégraphe, le peintre et le couturier, l’écrivain et le concepteur, le musicien et le rockeur sont, au même titre, des créateurs. Il faut en finir avec le préjugé scolaire qui réserve cette qualité à certains, et qui plonge les autres dans la sous-culture.(…)
Vous voilà prévenus : si vous estimez que la confusion mentale n’a jamais protégé personne de la xénophobie ; si vous vous entêtez à maintenir une hiérarchie sévère des valeurs ; si vous réagissez avec intransigeance au triomphe de l’indistinction ; s’il vous est impossible de couvrir de la même étiquette culturelle l’auteur des Essais et un empereur de la télévision, une méditation conçue pour éveiller l’esprit et un spectacle fait pour l’abrutir ; si vous ne voulez pas, quand bien même l’un serait blanc et l’autre noir, mettre un signe d’égalité entre Beethoven et Bob Marley, c’est que vous appartenez – indéfectiblement – au camp des salauds et des peine-à-jouir. Vous êtes un militant de l’ordre moral et votre attitude est trois fois criminelle : puritain, vous vous interdisez tous les plaisirs de l’existence ; despotique, vous fulminez contre ceux qui, ayant rompu avec votre morale du menu unique, ont choisi de vivre à la carte, et vous n’avez qu’un désir : freiner la marche de l’humanité vers l’autonomie ; enfin, vous partagez avec les racistes la phobie du mélange et la pratique de la discrimination : au lieu de l’encourager, vous résistez au métissage. (p. 152-4) Alain Finkielkraut, La Défaite de la pensée, Gallimard, 1987.
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vendredi 1 octobre 2010
mercredi 29 septembre 2010
Problèmes d'échange

Rome, le 23 décembre 1903
Mon cher monsieur Kappus,
Il ne faut pas que vous restiez sans un mot de moi alors que Noël approche et que votre solitude, au milieu des fêtes, vous pèsera davantage qu’à l’ordinaire. Mais si vous remarquez alors qu’elle est grande, réjouissez-vous, car que serait une solitude (vous demanderez-vous) qui fût dépourvue de grandeur ? Il n’y a qu’une seule solitude, elle est grande, il n’est pas facile de la supporter, et il arrive à presque tout le monde de vivre des heures qu’on voudrait bien pouvoir échanger contre une quelconque compagnie aussi banale et peu choisie fût-elle, contre un semblant d’accord minime avec le premier venu, avec la personne la plus indigne… Mais sans doute sont-ce là les heures où croît la solitude ; sa croissance, en effet, est douloureuse comme celle de l’enfant, et triste comme le début du printemps. Mais que cela ne vous abuse point. Ce qui est nécessaire, c’est seulement ceci : la solitude, la grande solitude intérieure. Pénétrer en soi-même et ne voir personne durant des heures, voilà ce à quoi il faut être capable de parvenir. Être seul comme on était seul, enfant, lorsque les adultes allaient et venaient, pris dans des affaires qui semblaient importantes et considérables, puisque les grandes personnes avaient l’air très occupées et parce qu’on ne comprenait rien à leurs faits et gestes.
Lorsqu’on s’aperçoit un beau jour que leurs occupations sont piètres, leur métier figé et qu’ils n’ont plus de lien avec la vie, pourquoi ne pas continuer, tel un enfant, à porter là-dessus le même regard que sur ce qui est étranger, d’observer tout cela à partir de la profondeur de notre propre monde, à partir de toute l’ampleur de notre solitude personnelle qui est elle-même travail, situation et métier ? Pourquoi ne pas échanger la non-compréhension intelligente d’un enfant contre le rejet et le mépris, puisque aussi bien ne pas comprendre c’est être seul, tandis que rejeter et mépriser c’est participer à ce dont on veut se séparer par ce biais-là ?
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète, 1903-1908
Il ne faut pas que vous restiez sans un mot de moi alors que Noël approche et que votre solitude, au milieu des fêtes, vous pèsera davantage qu’à l’ordinaire. Mais si vous remarquez alors qu’elle est grande, réjouissez-vous, car que serait une solitude (vous demanderez-vous) qui fût dépourvue de grandeur ? Il n’y a qu’une seule solitude, elle est grande, il n’est pas facile de la supporter, et il arrive à presque tout le monde de vivre des heures qu’on voudrait bien pouvoir échanger contre une quelconque compagnie aussi banale et peu choisie fût-elle, contre un semblant d’accord minime avec le premier venu, avec la personne la plus indigne… Mais sans doute sont-ce là les heures où croît la solitude ; sa croissance, en effet, est douloureuse comme celle de l’enfant, et triste comme le début du printemps. Mais que cela ne vous abuse point. Ce qui est nécessaire, c’est seulement ceci : la solitude, la grande solitude intérieure. Pénétrer en soi-même et ne voir personne durant des heures, voilà ce à quoi il faut être capable de parvenir. Être seul comme on était seul, enfant, lorsque les adultes allaient et venaient, pris dans des affaires qui semblaient importantes et considérables, puisque les grandes personnes avaient l’air très occupées et parce qu’on ne comprenait rien à leurs faits et gestes.
Lorsqu’on s’aperçoit un beau jour que leurs occupations sont piètres, leur métier figé et qu’ils n’ont plus de lien avec la vie, pourquoi ne pas continuer, tel un enfant, à porter là-dessus le même regard que sur ce qui est étranger, d’observer tout cela à partir de la profondeur de notre propre monde, à partir de toute l’ampleur de notre solitude personnelle qui est elle-même travail, situation et métier ? Pourquoi ne pas échanger la non-compréhension intelligente d’un enfant contre le rejet et le mépris, puisque aussi bien ne pas comprendre c’est être seul, tandis que rejeter et mépriser c’est participer à ce dont on veut se séparer par ce biais-là ?
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète, 1903-1908
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mardi 28 septembre 2010
Nul n’est prophète en son vin de pays
En promenant ma chienne, il y a quelques instants, j’ai été abordé par un clochard déjà bien madérisé, qui a jugé utile, et même urgent, de me faire les révélations suivantes : C’est la fin des kebabs raciaux ! Dans cinq ans, poulet juif ou poulet arabe, pffffit ! Ce sera pareil ! À dégager ! C’est comme la voiture : ils ont trouvé encore meilleur que le moteur à essence… Ils appellent ça le « contrat écologique »… Écologique, mon cul ! Ah ah ! Fumiers ! Une bombe atomique sur tout ça ! Eh oui, Monsieur. C’est mon métier… Je te largue une bombe sur tout ça et je t’emmerde ! Après une longue journée, remplie de tracasseries en tous genres, et une inauguration de foire aux vins un peu sordide, je crois que cette rencontre était ce qui pouvait m’arriver de pire. Sans que je parvienne à m’expliquer pourquoi, elle me laisse une immense impression de lassitude. Just one of those days, I guess…
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dimanche 19 septembre 2010
Les aventures de « Monsieur Fromage »
De temps à autre, peut-être une fois tous les deux ou trois mois, j’ai droit au coup de fil de « Monsieur Fromage ». « Monsieur Fromage » est une sorte de sondeur freelance. Il conduit des enquêtes auprès des consommateurs pour diverses sociétés. Je crois que son vrai prénom est Olivier mais je n’en suis plus sûr. Dans la famille, on le surnomme « Monsieur Fromage » parce que quand on l’a connu, il était employé par une boîte spécialisée dans les sondages sur les calendos, bries et autres livarots. C’était à l’époque où il prenait encore la peine de se déplacer un petit peu. Il arrivait toujours plus ou moins à l’improviste, avec sa mallette pleine d’échantillons. Autant dire que quand il l’ouvrait en fin d’après-midi, l’été, après une journée de tapin, on était rapidement mis au parfum, dans tous les sens du terme, et pas toujours les plus agréables. Et puis la boîte a fini par découvrir, en menant ses propres contre-enquêtes par téléphone auprès des personnes que « Monsieur Fromage » était censé avoir sondées, qu’il y mettait quand même pas beaucoup de zèle à faire goûter ses claquos… Parfois même, il s’est trouvé que les gens avaient jamais entendu parler de lui. « Un sondeur en fromages, vous dites ? qui serait passé chez moi ? Mais pas du tout ! » De se rendre compte qu’ils avaient loupé une dégustation à l’œil et qu’en plus on s’était servi à leur insu de leur nom et de leur adresse pour remplir un questionnaire bidon, ça les rendait enragés les gens. Alors il s’est fait virer, « Monsieur Fromage ». Il a pas eu trop de mal à retrouver du boulot, avec la manie des enquêtes, des tendances, et tout ça. Mais maintenant, il a compris la combine. Bien finies les visites à domicile ! Plus d’emmerdements ! Depuis son canapé, il fait tourner son petit répertoire. Il appelle quelques habituels, bonnes poires dans mon genre, et leur annonce sans chichis la couleur : « Bon, je suis censé être passé chez toi. Je t’ai montré trois projets de publicité. Dis-moi lequel que tu as préféré, comme ça, au hasard. » Ou encore : « Je t’ai cité une liste de marques que tu dois évaluer. Tu leur mets 6/10 à toutes, n’est-ce pas ? » Bien sûr. Si tu le dis. On va pas chipoter pour si peu… Parfois, c’est plus philosophique, plus profond : « Tu me dis lequel de ces pictogrammes correspond le mieux à ta vision de la vie, entre un petit bonhomme qui sourit, un qui a un air neutre et un qui fait la moue… » Et puis comme ça, sans transition : « Même question pour les pizzas Sodebo . » Faut suivre le fil… C’est pas toujours commode. Mais que ce soit pour des parapluies ou des assurances, du jambon blanc ou des couches-culottes, faut être honnête, l’affaire est toujours rondement menée. En dix minutes, c’est plié. Juste le temps de me briefer sur mon identité du jour, au cas où ces fumiers de contrôleurs m’appelleraient pour vérifier un peu les bobards, voir si je serais pas par hasard un consommateur fantôme. Une vraie combine d’espion ! « Bon, aujourd’hui tu es un chômeur de 32 ans qui vit encore chez ses parents. » Ou alors : « Tu es chef de famille, tu as 54 ans et trois enfants, sinon tu comprends, ça rentre pas dans mes cases… » Il m’a à la bonne, je crois, « Monsieur Fromage ». Je le contredis jamais. Je l’aime bien aussi, moi, qui suis pourtant pas friand du téléphone, et encore moins pour les enquêtes d’opinion. En donnant ma bénédiction à ses dingueries, j’ai l’impression de devenir un peu son complice. Je m’imagine qu’on pense déjà tous les deux, hilares, aux publicitaires qui se branleront sur nos statistiques arrangées à la sauce « je t’emmerde » pour créer leur prochaine campagne de pub décalée et anticonformiste… On a les plaisirs qu’on peut.
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Troisième sous-sol de l'aveuglement
Comment expliquer l'absence de mixité sociale en France aujourd'hui ? Dans l’émission « On n’est pas couché » du 18 septembre, François Bayrou ose enfin désigner le vrai coupable : « Au XIXe siècle, la mixité, c'était l'escalier, parce que vous aviez au premier étage les gens qui étaient riches, et tout en haut les plus pauvres, parce qu'il n'y avait pas d'ascenseur. D'inventer l'ascenseur, ça a provoqué la situation dans laquelle il n'y a plus eu que les mêmes avec les mêmes... » Et Zemmour de rétorquer que, comme la plupart des ascenseurs sont cassés dans les tours des « banlieues sensibles », ça ne pose plus vraiment de problème... C'est toujours ça de pris.
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jeudi 16 septembre 2010
Perles thérapeutiques
Entendu ce matin à la pharmacie... « Vous n'avez pas mal au ventre ?... [Puis, d'un air important] Non, je vous demande ça parce qu'on a fait beaucoup de gastros, cette semaine. » Trente secondes plus tard, sur le chemin du retour, lu sur la vitrine d'une boulangerie... Nouveauté ! « La bistouquette de Courteline » !!! Il y a des jours où l’on préférerait encore faire ses courses chez Leclerc…
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mardi 14 septembre 2010
Une idée de con
Ah ! c'est bien terrible quand même... on a beau être jeune quand on s'aperçoit pour le premier coup... comme on perd des gens sur la route... des potes qu'on reverra plus... plus jamais... qu'ils ont disparu comme des songes... que c'est terminé... évanoui... qu'on s'en ira soi-même se perdre aussi... un jour très loin encore... mais forcément... dans tout l'atroce torrent des choses, des gens... des jours... des formes qui passent... qui s'arrêtent jamais... Tous les connards, les pilons, tous les curieux, toute la frimande qui déambule sous les arcades, avec leurs lorgnons, leurs riflards et les petits clebs à la corde... Tout ça, on les reverra plus... Ils passent déjà... Ils sont en rêve avec des autres, ils sont en cheville... ils vont finir... C'est triste vraiment... C'est infâme !... les innocents qui défilent le long des vitrines... Il me montait une envie farouche... j'en tremblais moi de panique d'aller sauter dessus finalement... de me mettre là devant... qu'ils restent pile... Que je les accroche au costard... une idée de con... qu'ils s'arrêtent... qu'ils bougent plus du tout !... Là, qu'ils se fixent !... une bonne fois pour toutes !... Qu'on les voye plus s'en aller. Louis-Ferdinand Céline, Mort à crédit, 1936.
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samedi 11 septembre 2010
Histoire de jaboter...
Sans atiger la cabane, je peux bien dire que la lecture de Calaferte et de Céline, ça finissait par déteindre sur moi… Surtout l’argot. Au début j’entravais que dalle à leur jactance !… J’avais beau relire vingt fois les mêmes phrases, à m’en faire bouillir le cassis, à m’en comburer les châsses… Balle-peau ! Je commençais sérieusement à en avoir tringle… Et puis c’est venu comme ça… Je cherche pas à installer, ni rien. C’est juste un coup à prendre… On m’arrêtait plus ! J’étais passionné !... Sur le page dès le matin que je lisais ! Puis quand je me décidais enfin à décaniller, j’emportais encore mon bouquin aux chiots !... J’en foirais d’aise !... J’étais gras pour la lecture, pas à dire !... À m’en taper des rassis ! À m’en roustir la berloque !... Seulement, de découvrir les aventures de ces deux fiots-là, faut reconnaître, ça vous rend vite apte à la vachardise… Pour un peu j’allais même plus marner. Faut dire que mes gniards, au tapin, je les piffais de moins en moins… J’en groumais à l’idée d’aller les retrouver… Je pensais plus qu’à licher ! Des kils de ginglard que je me tapais… Et des mominettes par dizaines !... Je me rinçais jusqu’à aller au refile… Je peux dire que je me suis pris de sacrées muffées ! Je dévissais plus du comptoir !... Salopiaud que j’étais ! Alors à force d’aller potasser à la godille, je chocotais un peu à l’idée de rester sur le sable… C’était midi de continuer la belle vie sans gagner sa croûte ! Comme d’habitude, la mouscaille, elle était pour mezig ! Les fafiots, ça poussait pas dans les arbres… Mon morlingue finissait par sentir le moisi… Mes vagues aussi, j’avais beau les retourner !... Serait-ce que pour mes beuveries, fallait bien que je ramène mes flûtes en cours, que je gratte un peu mon plâtre… Alors quand même je me décidais à pouloper jusqu’à l’université, encore titubant, tout boquillonnant… Mais à la seconde où je poussais la lourde, j’avais envie de me trisser !
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Humou' je p'écise
Au fond dès qu'ils viennent c'est des bavardages !...
Gustin Sabayot, sans lui faire de tort, je peux bien répéter quand même qu’il s’arrachait pas les cheveux à propos des diagnostics. C’est sur les nuages qu’il s’orientait. En quittant de chez lui il regardait d’abord tout en haut : « Ferdinand, qu’il me faisait, aujourd’hui ça sera sûrement des rhumatismes ! Cent sous !... » Il lisait tout ça dans le ciel. Il se trompait jamais de beaucoup puisqu’il connaissait à fond la température et les tempéraments divers. « Ah ! voilà un coup de canicule après les fraîcheurs ! Retiens ! C’est du calomel tu peux le dire déjà ! La jaunisse est au fond de l’air ! Le vent a tourné… Nord sur l’Ouest ! Froid sur Averse !... C’est de la bronchite pendant quinze jours ! C’est même pas la peine qu’ils se dépiautent !... Si c’est moi qui commandais, je ferais les ordonnances dans mon lit !... Au fond Ferdinand dès qu’ils viennent c’est des bavardages !... Pour ceux qui en font commerce encore ça s’explique… mais nous autres ?... au Mois ?... À quoi ça rime ?... je les soignerais moi sans les voir tiens les pilons ! D’ici même ! Ils en étoufferont ni plus ni moins ! Ils vomiront pas davantage, ils seront pas moins jaunes, ni moins rouges, ni moins pâles, ni moins cons… C’est la vie !... » Pour avoir raison Gustin, il avait vraiment raison. « Tu les crois malades ?... Ça gémit… ça rote… ça titube… ça pustule… Tu veux vider ta salle d’attente ? Instantanément ? même de ceux qui s’en étranglent à se ramoner les glaviots ?... Propose un coup de cinéma !... Un apéro gratuit en face !... tu vas voir combien qu’il t’en reste… S’ils viennent te relancer c’est d’abord parce qu’ils s’emmerdent. T’en vois pas un la veille des fêtes… Aux malheureux, retiens mon avis, c’est l’occupation qui manque, c’est pas la santé… Ce qu’ils veulent, c’est que tu les distrayes, les émoustilles, les intrigues avec leurs renvois… leurs gaz… leurs craquements… que tu leur découvres des rapports… des fièvres… des gargouillages… des inédits !... Que tu t’étendes… que tu te passionnes… C’est pour ça que t’as des diplômes… » Louis-Ferdinand Céline, Mort à crédit, 1936.
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dimanche 22 août 2010
On fera des tripes
Tant d’autres avant moi ont cru pouvoir peindre ou écrire et ont enfin compris que ça ne les concernait pas. Se sont mariés depuis. Promènent la poussette avec le gosse dedans les jours de soleil. Ce n’est pas un drame, petit frère. Si, si, c’en est un. Mais passons. Il doit bien y avoir dans le quartier une fille de commerçants pas trop moche en quête d’un foyer stable. Dot à la clef naturellement. Le magasin en héritage, dans longtemps. Une bonne famille connue de tout le monde. Qui a fait les guerres dans la biffe glorieuse. A laissé son cadavre de fils à travers le champ d’honneur, à la boucherie. Méritante, médaillée et votante. Désirerait pour leur tendre progéniture un brave garçon travailleur qu’elle accueillerait à bras ouverts le dimanche à midi, le gâteau au bout des doigts, poulet ou bœuf gros sel sur la table. Père, mère, mémé, aïeuls. Tous attablés dans la salle à manger de l’arrière-boutique rabougrie. Tous unis. Tous contents. Et moi, le petit raté de l’imaginaire, chouchoutant ma grosse poule au sein de la famille comblée. Plus à m’en faire. Peinard. Une belote avec le beau-père, un bouquet à la vieille, un apéro, le soir on reste, on mangerait froids les rogatons, ce serait dix heures au carillon, on bâillerait tous, demain boulot, faudra se lever, alors on se quitte, les embrassades, grand-mère sent l’ail et le vieux pet, couvrez-vous bien, à dimanche prochain, on fera des tripes parce que je les aime, mais non, maman, venez chez nous, c’est votre tour, non, non, venez, c’est pas aux vieux de bouger, alors d’accord, tous à dimanche. Viens vite chérie, il fait pas chaud. Bras dessus bras dessous, notre petit couple dans la rue froide. On poulope jusqu’au métro. On a sommeil. On ne se dit rien. On s’est tout dit dans la journée. Les stations passent. Je suis debout dans le wagon. Ma femme assise dans un coin. Elle n’est ni jolie ni pas jolie. Elle est blonde : depuis avant-hier. C’est tout. Louis Calaferte, Septentrion, 1984.
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Les mésaventures d'Alain de Monéys
- Eh bien, mes amis, que se passe-t-il ?... - C'est votre cousin, explique un colporteur. Il a crié : « Vive la Prusse ! » - Quoi ? Mais non ! Allons donc, j'étais auprès et ce n'est pas du tout ce que j'ai entendu. Et puis je connais assez de Maillard pour être bien sûr qu'il est impossible qu'un tel cri sorte de sa bouche : « Vive la Prusse »... Pourquoi pas « À bas la France ! » ? - Qu'est-ce que vous venez de dire, vous ? - Quoi ? - Vous avez dit « À bas la France »... - Hein ? Mais non ! - Si, vous l'avez dit. Vous avez dit « À bas la France ». - Mais non, j'ai pas dit ça ! J'ai... Le colporteur demande aux gens près du muret : - Que ceux qui l'ont entendu crier « À bas la France » lèvent la main ! Un bras se tend vers le ciel : - Ah, moi, je l'ai entendu dire « À bas la France »... D'autres pognes se lèvent, cinq, dix... Des paysans qui n'ont peut-être même pas entendu la question, voyant les autres, lèvent la main à leur tour. Des gens demandent à leur voisin ce qui se passe. - Il y en a un qui a dit « À bas la France ! ». Une forêt de bras se dressent pour en témoigner. - Qui a crié « À bas la France » ?... - Celui-là. Jean Teulé, Mangez-le si vous voulez, 2009.
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vendredi 16 juillet 2010
"Would you like... a cookie?"
A child, barely five, finishes eating a candy bar. His mother tells him to throw the wrapper away, then resumes talking to another woman, who is with a child around the same age, the three of them staring into the dirty blueness of the penguin habitat. The first child moves toward the trash can, located in a dim corner in the back of the room, that I am now crouching behind. He stands on tiptoes, carefully throwing the wrapper into the trash. I whisper something. The child spots me and just stands there, away from the crowd, slightly scared but also dumbly fascinated. I stare back. "Would you like… a cookie?" I ask, reaching into my pocket. He nods his small head, up, then down, slowly, but before he can answer, my sudden lack of care crests in a massive wave of fury and I pull the knife out of my pocket and I stab him, quickly, in the neck. Bewildered, he backs into the trash can, gurgling like an infant, unable to scream or cry out because of the blood that starts spurting out of the wound in his throat. Though I'd like to watch this child die, I push him down behind the garbage can, then casually mingle in with the rest of the crowd and touch the shoulder of a pretty girl, and smiling I point to a penguin preparing to make a dive. Behind me, if one were to look closely, one could see the child's feet kicking in back of the trash can. I keep an eye on the child's mother, who after a while notices her son's absence and starts scanning the crowd. I touch the girl's shoulder again, and she smiles at me and shrugs apologetically, but I can't figure out why. When the mother finally notices him she doesn't scream because she can see only his feet and assumes that he's playfully hiding from her. At first she seems relieved that she's spotted him and moving toward the trash can she coos, "Are you playing hide-and-seek, honey?" But from where I stand, behind the pretty girl, who I've already found out is foreign, a tourist, I can see the exact moment when the expression on the mother's face changes into fear, and slinging her purse over her shoulder she pulls the trash can away, revealing a face completely covered in red blood and the child's having trouble blinking its eyes because of this, grabbing at his throat, now kicking weakly. The mother makes a sound that I cannot describe – something high-pitched that turns into screaming. After she falls to the floor beside the body, a few people turning around, I find myself shouting out, my voice heavy with emotion, "I'm a doctor, move back, I'm a doctor," and I kneel beside the mother before an interested crowd gathers around us and I pry her arms off the child, who is now on his back struggling vainly for breath, the blood coming evenly but in dying arcs out of his neck and onto his Polo shirt, which is drenched with it. And I have a vague awareness during the minutes I hold the child's head, reverently, careful not to bloody myself, that if someone makes a phone call or if a real doctor is at hand, there's a good chance the child can be saved. But this doesn't happen. Instead I hold it, mindlessly, while the mother – homely, Jewishlooking, overweight, pitifully trying to appear stylish in designer jeans and an unsightly leaf-patterned black wool sweater – shrieks do something, do something, do something, the two of us ignoring the chaos, the people who start screaming around us, concentrating only on the dying child. Though I am satisfied at first by my actions, I'm suddenly jolted with a mournful despair at how useless, how extraordinarily painless, it is to take a child's life. This thing before me, small and twisted and bloody, has no real history, no worthwhile past, nothing is really lost. It's so much worse (and more pleasurable) taking the life of someone who has hit his or her prime, who has the beginnings of a full history, a spouse, a network of friends, a career, whose death will upset far more people whose capacity for grief is limitless than a child's would, perhaps ruin many more lives than just the meaningless, puny death of this boy. I'm automatically seized with an almost overwhelming desire to knife the boy's mother too, who is in hysterics, but all I can do is slap her face harshly and shout for her to calm down. For this I'm given no disapproving looks. I'm dimly aware of light coming into the room, of a door being opened somewhere, of the presence of zoo officials, a security guard, someone – one of the tourists? – taking flash pictures, the penguins freaking out in the tank behind us, slamming themselves against the glass in a panic. A cop pushes me away, even though I tell him I'm a physician. Someone drags the boy outside, lays him on the ground and removes his shirt. The boy gasps, dies. The mother has to be restrained. I feel empty, hardly here at all, but even the arrival of the police seems an insufficient reason to move and I stand with the crowd outside the penguin habitat, with dozens of others, taking a long time to slowly blend in and then back away, until finally I'm walking down Fifth Avenue, surprised by how little blood has stained my jacket, and I stop in a bookstore and buy a book and then at a Dove Bar stand on the corner of Fiftysixth Street, where I buy a Dove Bar – a coconut one – and I imagine a hole, widening in the sun, and for some reason this breaks the tension I started feeling when I first noticed the snowy owl's eyes and then when it recurred after the boy was dragged out of the penguin habitat and I walked away, my hands soaked with blood, uncaught. Bret Easton Ellis, American Psycho, 1991.
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vendredi 2 juillet 2010
Ah, papito, tu me rends zinzin !
Quelques soirs plus tard, il y a eu une petite fête pour les participants au colloque. À part moi, ils étaient tous profs d'université et ils ne dansaient pas. Des gens sérieux, quoi. Ils ne faisaient que parler et parler. J'avais remarqué l'Africaine au téléphone avec son mari, auparavant. Un cadre militaire important dans leur pays, visiblement. Elle répétait tout le temps : « Oh, honey, I love you. » Par la suite, elle m'a montré une photo de ses trois enfants et de son mec en uniforme de parade, et elle très jolie en habit traditionnel... Toujours est-il qu'elle a abusé du vin, ce soir-là. On a bu quelques verres ensemble. À un moment, elle est venue à moi avec le plus doux sourire qui soit et elle m'a entraîné sur la piste de danse. Je n'avais pas envie de ça, moi. Elle me serrait contre elle, me caressait le dos, me disait dans l'oreille : « Ooh, very nice, very nice. Ooh, really very nice. » J'ai le dos très sensible, moi. J'ai plaqué mes mains sur cet énorme, splendide cul africain, et cinq minutes plus tard on était dans ma chambre, à l'étage au-dessus. Ça a été grandiose. Ses cheveux sentaient le sale. Elle avait de petites tresses qui n'avaient pas été défaites depuis Dieu sait quand, très mignonnes avec leurs boules de couleur mais vraiment puantes, alors je me suis concentré sur d'autres régions de son anatomie. Dehors il faisait à peine plus que zéro mais on suait et on suait, nous deux. Elle était fantastique, incroyablement souple, et elle levait les jambes à l'azimut. J'avais la tête fourrée là-dedans quand elle a lâché deux pets bien sonores. Je la besognais avec la langue et j'ai senti les deux jets d'air sous pression m'atteindre au front. J'ai risqué un coup d'oeil. Pas de merde. Okay. En avant. Elle était très agitée, elle. Elle me prenait la bite dans les mains. Elle la voulait. Moi, j'avais le préservatif déjà prêt. Je me suis couvert et j'ai plongé dans la jungle noire. Inoubliable. Très folklorique, tout ça. Il était quatre heures du matin ou presque lorsqu'elle est retournée prudemment à sa chambre. Moi, je suis descendu boire un peu de thé et me fumer un bon cigare. Il y avait encore quelqu'un par là. Un Vietnamien homo allongé sur un canapé, en train de regarder la chaîne Playboy à la télé. Une couverture tirée sur lui. Par en dessous, sa main s'activait dur. Branlette vietcong dans l'aube scandinave. On fait ce qu'on peut.Le lendemain, j'ai essayé de remettre le couvert mais l'Africaine gardait les yeux au sol. Sans oser me regarder, elle a murmuré : « Sorry. Too much wine yesterday night. Sorry. »
J'ai voulu jouer le latin lover. Je lui ai dit que ça avait été super, qu'elle n'avait pas à regretter, que rien n'était plus naturel entre un homme et une femme qui se plaisent. Des idioties de ce genre. Mais elle ne s'est pas laissé convaincre. Les jours suivants, elle m'a évité. Alors j'ai demandé au Vietnamien gay à quelle heure passaient les meilleurs films, sur la chaîne de Playboy.
Pedro Juan Guttiérez, Animal tropical, 2000.
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