Je dirais même plus...

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jeudi 3 février 2011

Discours aux asticots

Épitaphe à graver sur ma tombe, en temps utile :
Entrez, c’est tout vers.

lundi 13 avril 2009

Histoire de Pâques

Au cours d’un voyage, alors que je visitais une église, une jeune femme charmante s’approcha de moi. Lunettes rectangulaires en plastique épais sur le nez, stylo et calepin à la main, elle me salua, m’expliqua (en chuchotant) qu’elle était journaliste pour je ne sais quel canard local et me demanda fort poliment si j’accepterais de répondre (en chuchotant) à deux ou trois questions.

Une fois mon accord obtenu, elle me confia que l’article qu’elle préparait avait pour sujet les cloches. Son objectif était de « déterminer quelle était leur influence sur la vie quotidienne des gens ». D’ailleurs, qu’est-ce que j’en pensais, moi, au juste, des cloches ? Un peu décontenancé, je bafouillai, en substance, que je n’en pensais pas grand-chose, voire rien du tout. Ma belle fit alors une petite moue dépitée : ma réponse n’était manifestement pas la bonne. Heureusement, j’avais droit à une session de rattrapage. Elle me tendit donc gentiment une nouvelle perche. Quand j’entendais sonner les cloches, par exemple en me promenant, quelles étaient mes impressions, mes émotions ? Je me concentrai du mieux que je pus. Il s’agissait de ne plus commettre de gaffe. Et de prouver que j’étais, moi aussi, un être sensible.

Oui, le son des cloches m’était agréable. Il m’apaisait, même. Un retour nostalgique à l’enfance, peut-être ; quand je l’avais entendu pour la première fois. Non, je n’étais pas croyant, mais il n’empêchait que j’étais touché par le carillon des mariages et des sorties de messe ou par le glas des enterrements qui ponctuaient la vie de toute cité, en étaient comme la respiration et me poussaient à des méditations profondes sur le grand cycle de la vie. De même, il me semblait que les heures égrenées au rythme des « ding-dong » remettaient un peu d’ordre, de sens, de chronologie dans nos vies affolées de citadins pressés et nombrilistes.

Mon interlocutrice sembla pleinement satisfaite de ces paroles inspirées, de ces aveux pudiques qu’elle avait su m’arracher en perçant ma carapace dans une brève mais complice parenthèse. Ce n’était pas rien, après tout, que d’avoir réussi à mettre au jour les pensées intimes d’un anonyme dans les ténèbres humides de ce lieu spirituel (à deux pas du confessionnal, qui plus est – tout un symbole !) Après avoir murmuré un enthousiaste « Oh, c’est bien ça ! » tout en griffonnant sur son calepin, elle me remercia chaleureusement, tourna les talons et se mit en quête d’une nouvelle proie. Elle avait fait son travail ; et pas qu’un peu.

En quittant l’église, je songeai, honteux et aigri, à toutes les fois où j’avais pesté contre le conformisme ahuri et mièvre de l’homme de la rue qui s’étalait à qui mieux mieux dans les media. Contre cette ribambelle de fictions convenues qu’on lui réclamait discrètement mais fermement et dont il était assez stupide pour se faire inlassablement l’écho. Contre ce flot de fariboles dont je prétendais vomir la lecture et l’écoute mais que je venais moi-même, en bon petit soldat, de régurgiter sur commande.

J’étais sonné. Je venais d’apprendre à mes dépens qu’on est toujours la cloche de quelqu’un.

lundi 23 mars 2009

Quand la fête capote

Les propos tenus par Benoît XVI sur l’usage du préservatif à la veille du « week-end Sidaction » étaient déjà suffisamment scandaleux. Mais il y a pire. En menant ma petite enquête, j’ai en effet été stupéfait d’apprendre que le pape était, sinon hostile à la contraception et à l’avortement, du moins assez réservé sur ces questions. Pas du genre, en tout cas, à chanter les louanges du planning familial de son quartier. Encore plus grave : à en croire certaines rumeurs tenaces, le saint-père n’aurait jamais participé à une Gay Pride et ne soutiendrait que mollement la cause mondiale du droit à l’homoparentalité. D’aucuns vont jusqu’à affirmer que, lors d’un dérapage nauséabond, il se serait prononcé contre le divorce ! Des allégations graves, qui restent à prouver, mais qui, si elles étaient avérées, ne manqueraient pas de soulever, à juste titre, l’indignation, l’incompréhension et l’écœurement.

Qu’il ne vienne pas s’étonner ensuite, ce grand Benêt, si les sondages lui sont aussi défavorables. Si, comme on nous l’explique à la radio, chiffres à l’appui, sa « cote de popularité » auprès de la « base » des ouailles « dégringole ». Si certains fidèles songent même à « se désolidariser » pour aller voir plutôt du côté du bouddhisme. On l’aura prévenu ! Non pas qu’on soit contre les religions, bien sûr. Mais celle que nous impose ce pape-là n’est ni festive ni solidaire. Elle ne fleure pas bon la citoyenneté républicaine laïque.

En résumé, l’évêque de Rome (dont on pourrait par ailleurs s’étonner qu’en 2009, dans un état de droit(s), il ne soit toujours pas élu au suffrage universel) devra « revoir sa copie » et envoyer des signaux forts de sa bonne volonté s’il veut faire oublier ses errements rétrogrades et retrouver quelque crédit aux yeux de l’opinion. Faire de « Sortez couverts » la nouvelle devise du Vatican serait un premier pas…