Je dirais même plus...

lundi 30 novembre 2009

What else?

Revue de presse ce matin sur Europe 1 :
Après les résultats du référendum en Suisse sur l'interdiction des minarets, le correspondant de Libération à Genève "en vient à se demander si la démocratie est le meilleur modèle".
Tout est dit.

mardi 24 novembre 2009

A nous deux, Hollywood !


L'autre soir, alors que je ruminais tardivement une pizza aux trois fromages devant une série policière quelconque (vraiment quelconque), j'eus une illumination. Mon cerveau fécond venait d'imaginer le scénario ultime, reproductible à l'infini, qui éviterait bien des peines et des dépenses aux producteurs d'Hollywood. Jugez plutôt :
Une sauterie en plein air, au bord d'une piscine. Jolies filles en bikini qui se trémoussent. Musique à fond. Alcool à gogo. Tout va bien.
Les convives s'avisent soudain qu'un vieux cadavre tout boursouflé et mutilé flotte au milieu du bassin. Détail macabre : il tient encore sa coupe de champagne à la main qui lui reste. C'est le maître des lieux. Cris. Panique.
Générique d'introduction.
L'équipe des experts arrive sur les lieux. Premières constatations : le pauvre diable, avant d'être jeté à l'eau, a été assommé et eviscéré. L'hypothèse du suicide ou de l'accident sont rapidement écartées.
Présentation succinte des suspects : la femme de la victime (femme fatale qui n'a pas l'air très chagrinée de la situation, cette salope) ; le jardinier du domaine (beau mec viril avec qui elle vivait une liaison torride, parce que sa lopette de mari ne savait plus la satisfaire) ; le barman de la fête (type entre deux âges aigri qui en a vu de belles au cours de sa carrière, dans cet univers de milliardaires décadents qu'il ne supporte plus). A l'inverse, le frère cadet de la victime, à peine sorti de l'adolescence, bouleversé, désespéré, semble au-dessus de tout soupçon.
C'est alors qu'arrive en 4x4 noir le patron des experts (professionnel laconique qui conserve sa part d'ombre, ses blessures secrètes) avec une machine révolutionnaire, le "Flair-coupable". Posté devant l'assemblée, il appuie sur un bouton. La machine, équipée d'un bras robotisé, désigne alors immédiatement (et contre toute attente) le frère de la victime. Une voix de synthèse confirme : "C'est bien lui".
Protestations inutiles du perfide frangin (il a eu tort, aussi, de se croire le plus malin). Acculé, il finit par avouer : il était jaloux de son frère, qui avait réussi, avait une femme superbe, etc. Il est menotté et emmené. Au passage, le patron des experts lui envoie une réflexion bien sentie, tout en remettant ses lunettes de soleil ("Vous avez joué, vous avez perdu !" - Vlam ! Dans les dents ! Ah ah ! Faut pas le faire chier le patron des experts...)
Générique de fin.

lundi 16 novembre 2009

Fais tes devoirs, sinon on dialogue !


Pan-pan cul-cul pas bien, donc. Comme à l’accoutumée, la « proposition » a surgi de nulle part, enduite d’une rhétorique moderniste désormais incontournable : la « France-en-retard » ou « à-la-traîne », les « statistiques-qui-prouvent-que-dans-les-autres-pays-européens », le « problème-de-la-maltraitance-que-nul-ne-saurait-cautionner », etc.
Une fois ce petit chantage intellectuel de routine mis en place, ladite proposition (dont l’avenir n’a, bien entendu, aucune espèce d’importance) pourra, éventuellement, jouer le rôle convenu ; autrement dit « faire polémique ». Je dis bien « éventuellement », car on fabrique tant de ces « affaires » en carton-pâte à l’heure qu’il y a forcément du déchêt. Soyons optimistes et gageons que celle-là connaîtra son heure de gloire.
Dans les journaux, les « psychologues », « spécialistes » et autres « consultants » ès éducation ne manqueront pas de donner leur avis satisfait sur la question, à grand renfort de novlangue. Psychologies fera semblant de s’interroger : « Éducation stricte : bonne ou mauvaise idée ? » tandis que Version Femina proposera à ses lectrices (et lecteurs) un test « drôle et décalé » : « Votre bout’chou est-il un enfant-roi ? »
Sur toutes les radios, dans la rubrique « Vous avez la parole », Jeanine, 67 ans, de Vaulx-en-Velin, pourra hurler que cette proposition est un scandale, qu’il n’y a « plus de valeurs » et que, de son temps, les mouflets se prenaient des taloches sans broncher.
À la télévision, des « débats citoyens libres de ton » seront organisés. Des « pédopsychiatres », des « mamans » et surtout des « papas » y vanteront les mérites d’une « éducation douce », « basée sur la pédagogie et le dialogue ». Quelques idiots utiles viendront charitablement leur servir de contradicteurs. Avec un peu de chance, ils auront le temps de marmonner timidement des mots comme « autorité », « recadrage » ou « respect » avant de se faire rire au nez et traiter de « réactionnaires phallocrates ». Les plus kamikazes s’enhardiront peut-être jusqu’à suggérer que l’angélisme en matière d’éducation n’a jusqu’à présent pas donné de résultats probants et que, si les enfants n’ont pas l’air spécialement plus épanouis qu’avant, il ne fait en revanche aucun doute qu’ils sont de plus en plus insupportables. D’autres, plus spirituels ou plus nihilistes, se risqueront à la rigueur à affirmer que, quand bien même la fessée n’aurait aucune vertu pédagogique pour l’enfant, elle a parfois le mérite de soulager certains parents et de leur éviter l’ulcère, ce qui n’est tout de même pas si mal.
Comme d’habitude, en tout cas, personne ne songera à remettre radicalement en cause l’hystérie légaliste ambiante qui a rendu l’existence même de cette hallucinante proposition possible, ni à pointer du doigt la seule chose qu’elle représente vraiment : une énième forme d’ingérence bien-pensante dans la sphère privée. La question de l’opportunité d’une loi interdisant les « châtiments corporels » se trouvera rapidement réduite à un débat « Pour ou contre la fessée ? », le postulat étant que, s’il était prouvé que la fessée est bel et bien néfaste, il faudrait naturellement une loi pour l’interdire.
Et surtout, comme d’habitude, personne ou presque ne rira à gorge déployée du grotesque de la situation, qui ne manque pourtant pas de sel. D’abord, parce qu’elle illustre merveilleusement le pouvoir qui reste aujourd’hui au politique et l’envergure des affaires qu’il traite (avec le plus grand sérieux). Ensuite, parce que nos charmants petits Matis, Théo, Morgane et autres Enzo n’ont certes pas attendu cette ultime boutade pour faire subir à leur entourage leur despotisme procédurier et leur terrorisme affectif.
Pondre une loi rendant la fessée obligatoire, au point où nous en sommes arrivés, cela aurait déjà été à peu près aussi sérieux que de porter un ciré à Tchernobyl pour se protéger des radiations ; mais concocter une loi l’interdisant, cela confine au sketch burlesque. Un peu comme si le commandant du Titanic pissait dans ses cales inondées en chantant « Nearer, my God, to Thee »…

dimanche 15 novembre 2009

Une entreprise dont l'exécution n'aura point d'imitateur

Comme Mlle Lambercier avait pour nous l'affection d'une mère, elle en avait aussi l'autorité, et la portait quelquefois jusqu'à nous infliger la punition des enfants quand nous l'avions méritée. Assez longtemps elle s'en tint à la menace, et cette menace d'un châtiment tout nouveau pour moi me semblait très effrayante ; mais après l'exécution, je la trouvai moins terrible à l'épreuve que l'attente ne l'avait été, et ce qu'il y a de plus bizarre est que ce châtiment m'affectionna davantage encore à celle qui me l'avait imposé. Il fallait même toute la vérité de cette affection et toute ma douceur naturelle pour m'empêcher de chercher le retour du même traitement en le méritant ; car j'avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité qui m'avait laissé plus de désir que de crainte de l'éprouver derechef par la même main. Il est vrai que, comme il se mêlait sans doute à cela quelque instinct précoce du sexe, le même châtiment reçu de son frère ne m'eût point du tout paru plaisant. Mais, de l'humeur dont il était, cette substitution n'était guère à craindre, et si je m'abstenais de mériter la correction, c'était uniquement de peur de fâcher Mlle Lambercier ; car tel est en moi l'empire de la bienveillance, et même de celle que les sens ont fait naître, qu'elle leur donna toujours la loi dans mon coeur.
Cette récidive, que j'éloignais sans la craindre, arriva sans qu'il y eût de ma faute, c'est-à-dire de ma volonté, et j'en profitai, je puis dire, en sûreté de conscience. Mais cette seconde fois fut aussi la dernière, car Mlle Lambercier, s'étant aperçue à quelque signe que ce châtiment n'allait pas à son but, déclara qu'elle y renonçait, et qu'il la fatiguait trop. Nous avions jusque-là couché dans sa chambre, et même en hiver quelquefois dans son lit. Deux jours après on nous fit coucher dans une autre chambre, et j'eus désormais l'honneur, dont je me serais bien passé, d'être traité par elle en grand garçon.
Qui croirait que ce châtiment d'enfant, reçu à huit ans par la main d'une fille de trente, a décidé de mes goûts, de mes désirs, de mes passions, de moi pour le reste de ma vie, et cela précisément dans le sens contraire à ce qui devait s'ensuivre naturellement ? En même temps que mes sens furent allumés, mes désirs prirent si bien le change, que, bornés à ce que j'avais éprouvé, ils ne s'avisèrent point de chercher autre chose. Avec un sang brûlant de sensualité presque dès ma naissance, je me conservai pur de toute souillure jusqu'à l'âge où les tempéraments les plus froids et les plus tardifs se développent. Tourmenté longtemps sans savoir de quoi, je dévorais d'un œil ardent les belles personnes ; mon imagination me les rappelait sans cesse, uniquement pour les mettre en œuvre à ma mode, et en faire autant de demoiselles Lambercier.
Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, Livre premier, 1765-1770.

mercredi 4 novembre 2009

Tu veux un Carambar ?

Question :
Quel est le comble du pédophile ?

Réponse :
Déclarer : "La femme qui me fera jouir, elle est pas encore née !"

mardi 3 novembre 2009

Frappe chirurgicale

Trouvé par hasard sur le site de l’Éducation Nationale. Prions pour que ces bijoux soient mis en ligne, le moment venu !

La lutte contre les discriminations et les représentations négatives est une des priorités de notre académie. En outre, apprendre à vivre ensemble, à se respecter mutuellement et à s'enrichir des différences est également l'une des missions assignées à notre école.
C'est dans cette optique que les lycéens élus au Conseil Académique de la Vie Lycéenne ont souhaité organiser un concours lycéen contre les discriminations : en réalisant seul, en groupe ou par classe avec un enseignant, une affiche, une photo ou même un clip vidéo illustrant la lutte contre toute représentation négative de l'autre, les élèves des lycées parisiens favoriseront une vision positive du « vivre ensemble » et de la tolérance.
Ce concours est ouvert du 15 octobre 2009 au 15 janvier 2010.
Le jury, composé des lycéens du CAVL et de représentants d'associations, se réunira et remettra les prix en février 2010.
Lycéens, engagez-vous pour combattre toute forme de discrimination et participez au concours !

lundi 2 novembre 2009

jeudi 22 octobre 2009

Demandez-vous, belle jeunesse...

Ils étaient usés à quinze ans
Ils finissaient en débutant
Les douze mois s'appelaient décembre
Quelle vie ont eue nos grands-parents
Entre l'absinthe et les grand-messes
Ils étaient vieux avant que d'être
Quinze heures par jour le corps en laisse
Laissent au visage un teint de cendre
Oui not' Monsieur oui not' bon Maître
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

lundi 19 octobre 2009

Dans quelle poubelle ?

Ce matin, une affiche épinglée dans le local à poubelles de mon immeuble m'avise que je peux recevoir "la visite à [mon] domicile d'un ambassadeur du tri", afin de me "sensibiliser aux gestes du tri sélectif". En outre, j'ai le bonheur d'apprendre que cette initiative citoyenne a été concoctée par l'association "Toubitri", dont les membres se targuent d'être des "agitateurs du tri".
Ou comment faire du recyclage des boîtes de conserve et des bouteilles de lait un acte à la fois diplomatique et subversif.

jeudi 15 octobre 2009

Ole Mahatma

Conversation entre deux étudiants ce matin :
- Last summer, I went to Barcelona and visited the Sagrada Familia, by the famous architect, you know...
- Oh yes! Gandhi?

dimanche 11 octobre 2009

Rôle décomposition

On ne peut qu'être frappé par le fait que les acteurs et les comédiens, qui comptent aujourd'hui parmi les notables les plus gras de notre société et en sont, pour beaucoup, le plus médiocre reflet (puisque le septième art n'a lui-même plus d'autre ambition que de "refleter les problématiques qui sont les nôtres") ; on ne peut qu'être frappé, donc, par le fait que ces sinistres farceurs n'aient de cesse de se déclarer de "distants observateurs" de leur époque, dans le conformisme de laquelle ils sont pourtant englués de toute leur âme, et qu'ils soient les plus prompts à dégainer la ritournelle - inoffensive, il est vrai - de l'anticonformisme.
Ainsi, rien n'est plus distrayant que d'entendre ces faquins évoquer avec la fatuité la plus outrée (mais sans déclencher le moindre sourire) les chefs-d'oeuvre "engagés" et "décalés" auxquels ils ont eu "l'immense privilège" de participer. Il faut souligner, à leur décharge, que les préposés en promotion qui les reçoivent pour écouter complaisamment leur babil leur mâchent grandement le travail. "Ce film, ça a été une vraie aventure humaine ?" et "Pour ce rôle, vous vous êtes vraiment mis en danger ?" semblent être devenues deux des questions incontournables de ces autres bouffons sincères que l'on nomme journalistes. La mousse est prête : il n'y a plus qu'à s'en enduire. Et à enchaîner sur le statut toujours précaire, "sur le fil" - mais par là même noble - de l'acteur. Le mot "acteur", du reste, est déjà de trop si l'on en croit les principaux intéressés : "Je ne suis qu'un saltimbanque, un marginal, affirment-ils sans broncher, tout potelés de leurs succès et roses de leur satisfaction. Je suis un héritier de Molière, iconoclaste dérangeant enterré dans la fosse commune (car Poquelin est aujourd'hui à l'artiste ce que Hitler est à l'anti-raciste). Je ne suis qu'un clown triste". Pour le coup, ils ne pensent pas si bien dire. C'est sûrement cela que l'on appelle l'ironie dramatique.

vendredi 9 octobre 2009

La radoteuse de Serge

Madame Nostalgie
Tu pleures sur un nom de ville
Et tu confonds, pauvre imbécile,
L'amour et la géographie.

mardi 6 octobre 2009

Farce moderne en un acte

Scène 1

Une voix féminine enregistrée, peut-être enjouée mais noyée dans du bruit vivaldien (Les Quatre saisons, version catastrophe climatique) :
Tous nos techniciens sont occupés. Nous nous efforçons d’écourter votre attente. Votre attente ne devrait pas durer plus de… DIX MI-NUTES… … … Tous nos techniciens sont occupés. Nous nous efforçons d’écourter votre attente. Votre attente ne devrait pas durer plus de… QUINZE MI-NUTES… … … Tous nos…


Scène 2

- Allô bijour missieur, ici le service assistance hotline de Cdescons.com. En quoi puis-je satisfaire votre demande ?
- Bonjour. Je vous appelle parce que l’imprimante wi-fi que je viens d’acheter sur votre site ne fonctionne pas correctement. Aucune touche ne réagit, et en plus elle ne trouve pas le réseau.
- D’accord missieur. Y’a pas d'souci. Ji vais vous demander de faire li manipulations suivantes. Vous y êtes prêt ?
- Oui.
- Vérifiez que l’imprimante elle est bien reliée à une prise électrique, siouplaît missieur.
- Euh… Bah oui, évidemment !
- Si ça ne marche toujours pas, vérifiez que vous avez bien une connexion internet, missieur.
- C’est Béliveau, au bout du fil, là ? C’était une farce, l’annonce de ta mort ?
- Pardon, missieur ?
- Non rien. J’ai vérifié mais ce n’est pas ça.
- Bien. Vous avez bien un ordinateur, hein ?
- Il semblerait, oui…
- Bon, alors missieur, c’est peut-être un problème di ritour.
- De retour de quoi ?
- Non ! Di RI-TOUR, sur li réseau.
- Ah ! De routeur ?
- Oui. Ji vais vous faire un bon di ritour pour le produit.
- Et ça consiste en quoi, au juste, un bon de routeur ?
- Non ! Di RI-TOUR, pour nous renvoyer le produit.
- Ah, oui, pardon … Donc il faut que je vous renvoie l’imprimante par colis ? Mais qui paie les frais de transport ?
- Li frais di ritour ils sont à la charge du client, missieur.
- Comment ? Mais enfin ce n’est quand même pas ma faute si votre produit est défectueux ! Vous savez combien ça coûte d’envoyer un engin pareil par colis ???
- Non, missieur, mais votre bureau di poste il pourra sûrement vous renseigner.
- Mais je…
- Voilà missieur, toute l’équipe di Cdescons.com elle vous remercie di votre appel. En vous souhaitant un bon début de continuation de fin de journée, missieur. BIP… BIP… BIP…

Rideau

lundi 28 septembre 2009

lundi 21 septembre 2009

Le pharaon fainéant


On peut parfois légitimement se demander - non sans une certaine sensation de vertige - dans quelles mesquineries on serait prêt à se compromettre, dans quelles turpitudes on serait ravi de se vautrer, dans quels abîmes on ne tomberait pas de son plein gré pour éviter de se mettre au travail...

jeudi 17 septembre 2009

Festivinus

Lors du cauchemardesque « marathon du Médoc », un participant tout rougeaud d’enthousiasme :

C’est vraiment festif ! C’est la première fois que je viens mais je pense que ce sera pas la deuxième !

Le reportage, digne des meilleurs crus, se déguste ici.

lundi 14 septembre 2009

Rentrée de Vichy, rentrée réussie !


En cette rentrée, convenons-en, l’actualité sourit à la cohorte des « révoltés semi-officiels », des « insurgés du juste milieu » et autres « émancipateurs subventionnés » qui faisaient les délices de Philippe Muray. Pensez donc ! Quelques jours seulement après la mise à la retraite forcée du haut fonctionnaire nazillon Girot de Langlade, c’est au tour du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux – celui-là même qui avait mis le précédent sur la touche – de faire son coming out raciste. Quelle aubaine ! De quoi faire bêler les troupeaux droits-de-l’hommistes au fascisme pendant des mois. De quoi aussi faire rebander toutes les ligues vigilantes après la trêve estivalo-festive.

Passons sur le fait qu’un court extrait de conversation, filmé par un amateur sur un téléphone portable avant d’être diffusé en boucle hors contexte, puisse aujourd’hui tenir lieu de preuve irréfutable de « dérapage » (comprenez : de la tenue de propos jugés racistes, misogynes ou homophobes), et ce sans que personne semble s’en inquiéter le moins du monde. C’est ce qu’il est désormais convenu d’appeler un « buzz ». Passons encore sur le fait que le jeune homme à qui s’adresse Hortefeux dans l’extrait en question ne paraisse nullement s’émouvoir de la plaisanterie de celui-ci. « En même temps, il est militant UMP », nous rétorquera-t-on d’un air entendu – argument décisif s’il en est.

Nous n’en sommes plus à ces détails, en réalité, comme le prouve l’hilarante ligne de défense du brave Brice (« Je parlais des Auvergnats »). Quand on y réfléchit plus de cinq minutes (laps de temps nécessaire pour passer le cap du simple mais exquis grotesque), cette déclaration prend une teinte surréaliste. Elle semble en effet impliquer que tous les participants à cette sinistre farce qu’on nomme « polémique », à commencer par le principal accusé, se sont mis d’accord sur le postulat suivant : si les phrases incriminées visaient bien les « immigrés » (là encore, il faut lire entre les lignes…), il y aurait indiscutablement « dérapage ». En d’autres termes, le bavardage (on n’ose dire « débat ») actuel ne saurait porter que sur la signification (bonne ou mauvaise) de la plaisanterie du ministre (c’est ce que l’on appelait, en d’autres temps, un procès d’intention) ; à aucun moment sur le droit qu’aurait quiconque de formuler ladite plaisanterie dans l’hypothèse même où celle-ci viserait bien les « immigrés ». C’est que ce droit est déjà devenu inimaginable, impensable.

La raison en est fort simple : nous savons bien, n’est-ce pas, où risque de nous mener ce genre d’humour. Mais si, vous savez : aux heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire. Inutile de vous faire un dessin. On commence pété de rire ; on finit pétainiste. Les zygomatiques stigmatisent. Il est donc plus prudent de suivre quelques consignes de bon sens, par principe de précaution : faire de l’esprit, pourquoi pas, mais respectueusement ; se montrer ironique à la rigueur, mais sans ambiguïté mal placée ; jouer les sarcastiques éventuellement, mais avec tendresse et compassion ; être tolérant surtout, mais avec les gens qui pensent comme nous. À ce propos, l’accueil de Frédéric Mitterrand à la « fête de l’Huma » (haut lieu de la culture, comme chacun sait) sous les cris de « collabo » et d’ « enculé » était distrayant, à défaut d’être surprenant.

Il convient encore d’égrener l’éternel chapelet : l’histoire qui a tôt fait de se répéter ; le fascisme qui avance toujours masqué, etc. Le plus drôle, c’est que tout cela est parfaitement exact. Sans vouloir crier au loup à mon tour, je fais aujourd’hui le pari que si le fascisme devait faire son retour en Europe, il surgirait effectivement de l’endroit où on l’attend le moins. Quand, au nom du respect, de la tolérance et du mieux-vivre-ensemble, nos vertueuses ligues citoyennes, si jeunes, belles et fortes de leur « métissage », auront tari une à une toutes les sources de la critique et de l’humour, c’est-à-dire de la liberté, alors nous commencerons à rire pour de bon.

Je songe à ce tableau fascinant de Dali : Jeune vierge autosodomisée par les cornes de sa propre chasteté. Préparons la vaseline…


NB : Au moment de publier ce billet, je tombe, presque par hasard, sur un article intitulé : « Le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux fêtera la fin du ramadan à Paris ». On n’a pas fini de rigoler !

dimanche 13 septembre 2009

Too black to see


With dark they built a fire against the log and ate plates of okra and beans and the last of the canned potatoes. The fruit was long gone. They drank tea and sat by the fire and they slept in the sand and listened to the roll of the surf in the bay. The long shudder and fall of it. He got up in the night and walked out and stood on the beach wrapped in his blankets. Too black to see. Taste of salt on his lips. Waiting. Waiting. Then the slow boom falling downshore. The seething hiss of it washing over the beach and drawing away again. He thought there could be deathships out there yet, drifting with their lolling rags of sail. Or life in the deep. Great squid propelling themselves over the floor of the sea in the cold darkness. Shuttling past like trains, eyes the size of saucers. And perhaps beyond those shrouded swells another man did walk with another child on the dead gray sands. Slept but a sea apart on another beach among the bitter ashes of the world or stood in their rags lost to the same indifferent sun.


Cormac McCarthy, The Road, 2006.

lundi 7 septembre 2009

Certains missiés y'en a abrutis quand même


Des marqueurs, du papier, des cartouches d’encre, un agenda, de la bière… Ah ! J’allais oublier l’essentiel sur ma liste de rentrée : une dizaine d’exemplaires de Tintin au Congo à mettre en sûreté avant que l’album tel qu’on le connaît ne disparaisse de la circulation. Mon reporter fétiche a beau être fortiche, je doute qu’il soit de taille à lutter contre de Joyeux Turlurons tels que Bienvenu Mbutu Mondondo (l’étudiant congolais qui a porté plainte contre Moulinsart S.A. pour racisme) ou Patrick Lozès (« Noir, tout simplement, pharmacien et président du CRAN » - dixit son blog) qui exigent sur tous les tons qu’un « texte didactique » soit inséré en préambule de l’album incriminé. Tintincaca, en somme.

C’est qu’elle est bien huilée, la rhétorique philanthropique de ces espèces d’individous. Tellement qu’elle en dégouline, à vrai dire. À aucun moment il n’est question de mutilation ni de censure. Pensez-vous ! Il s’agit simplement d’avertir, d’expliquer, de remettre en contexte. Comprenez : de faire acte de pénitence. Je m’amuse à parcourir du regard ma bibliothèque, pour estimer combien d’œuvres seraient susceptibles de se voir affublées d’un « texte didactique ». Car il ne fait nul doute que la bande dessinée n’est qu’une première étape : la littérature suivra. Autant vous avouer qu’il y a du boulot. De quoi régler le problème du chômage, même. C’est qu’il en faudra, des bataillons de rédacteurs pédagogues, pour nous rappeler que « Rabelais était tout de même fort grivois », que « Flaubert était peut-être un peu misogyne » (« Rodolphe Boulanger de la Huchette est un vilain garçon. Ne faites pas la même chose chez vous ») ou encore que « Céline avait beau être un bon écrivain, il lui arrivait d’être antisémite ».

Elle a de quoi faire sourire, d’ailleurs, cette obsession apparente de la « remise en contexte », quand la tendance actuelle est précisément à la négation du contexte, c’est-à-dire de l’évolution des mentalités, c’est-à-dire de l’histoire. Rappeler, même du bout des lèvres, que « nos valeurs » n’ont pas toujours prévalu est devenu un crime de lèse-société. Gloire à l’anachronisme et à la rétroactivité, qui nous confortent dans notre légitimité durement acquise ! Un petit téléfilm sur la lutte féministe de Madame de Pompadour par-ci, une représentation d’Antigone en costumes nazis par-là…

À quand la réécriture des œuvres elles-mêmes pour les mettre « au goût du jour », pour faire « qu’elles répondent mieux aux problématiques de notre société » ? Nous y viendrons peut-être. Pour avoir la paix, Hergé n’avait pas attendu, lui : les pèlerins qui baragouinent petit-nègre dans l’édition originale de Coke en stock parlent, dans la version actuelle, un français d’académicien. De même, Tintin faisant la classe dans l’album congolais y donne aujourd’hui une sommaire leçon d'arithmétique (« Combien font deux plus deux ? »), venue remplacer la célèbre tirade : « Mes chers amis, je vais vous parler aujourd’hui de votre patrie, la Belgique !... » - autrement plus drôle.

Car comme le rappelle Michael Farr (Tintin : le rêve et la réalité), Tintin au Congo demeure de très loin l’album d’Hergé le plus populaire en Afrique. Ah, ces Africains ! Ils ont beau ne pas être de grands enfants rigolards, ils ne se rendent pas compte des conséquences dévastatrices de leur humour. Il faut mener la lutte à leur place car ils prennent tout à la légère. Ils s’esclaffent en découvrant comment les blancs les percevaient il y a 80 ans alors qu’ils devraient déjà être en procès. Vous avez dit cliché ?

dimanche 6 septembre 2009

Une connerie avertie en vaut deux (au moins)

Fermeture d'une crèche pour cause de grippe A :
Le maire, par précaution, n'a souhaité prendre aucun risque.

jeudi 3 septembre 2009

Lost in translation

Lu ce matin dans la copie de version d'une étudiante convoquée à la session de rattrapage. Inutile de savoir l'anglais pour savourer la traduction :
Texte original
The turnaround suggests the limits of U.S. power in the world emerging out of the rubble of the financial crisis. Many countries, including U.S. allies, are increasingly putting pressure on America to clean up a mess they believe it created.
Traduction
Le tour de table propose une limitation des pouvoirs américains sur le monde émergent de la crise financiaire redondante. Beaucoup de pays, incluant les alliés américains, sont constament en train de pressioner l'Amérique afin qu'elle répare le bordel qu'ils croivent qu'elle a créée.

dimanche 16 août 2009

La réponse est dans la question

Un adolescent abat ses parents et son frère au fusil :
on ne connaît pas encore les motivations de ce coup de folie.

mercredi 5 août 2009

Fortune cookies

En épluchant mon courrier virtuel ce matin, je tombe sur ces deux messages, sûrement bienveillants, mais dont je n'aurai lu que l'objet : "N'utilise pas ta vraie" et "Désabricotez-moi !"
Deux conseils qu'il sera difficile de suivre en même temps, j'imagine...

mercredi 29 juillet 2009

Vaguement


Qu'est-ce ?
(Réponse en commentaire)

lundi 20 juillet 2009

Tout en respectant aussi des choses qui peuvent exister

C’est plus fort qu’elle. Quand la gauche se ridiculise, ce qui devient une fâcheuse habitude, la droite – compatissante – ne peut se résoudre à la laisser se noyer seule et plonge donc à son tour, tête baissée. C’est presque une forme de courtoisie, un aveu de dette (« C’est le moins qu’on puisse faire… ») Et d’envoyer, par exemple, l’impayable Fadela Amara au 20 Heures de France 2, lundi 13 juin, pour commenter l’affaire Orelsan. Amis du parler-cash, accrochez-vous bien à vos slips…

NB : Je précise, pour les optimisto-sceptiques, que ma transcription est fidèle au mot près. Ceux qui liront ce billet suffisamment tôt pourront s’en convaincre en allant sur le site de France 2, où les JT sont archivés huit jours. C’est en pensant à tous les autres, malchanceux, que j’ai pris mon courage à deux doigts.

- Fadela Amara, les festivals ont raison d’être sur la réserve, de refuser cet artiste, ou bien est-ce que la liberté de création doit primer sur tout ?

- Écoutez je vais peut-être vous étonner mais moi je suis très très attachée à la liberté d’expression… mais je comprends parfaitement les organisations féministes ont eu raison de contester, nous sommes dans une démocratie, elles ont le droit de s’exprimer. C’est vrai que on mesure pas mais la chanson d’Orelsan – le rappeur, donc – est une chanson dans laquelle on parle des femmes mais d’une manière extrêmement abjecte. Quand on a dit ça, en réalite, on n’a pas dit grand-chose, pasque la vérite c’est que on est dans une posture artistique et je pense que on est dans des sujets qui prêtent à polémique. On est aussi dans une instrumentalisation politique pasque j’ai cru comprendre qu’y’a des pressions à la subvention qui sont faites…

- Là vous parlez de Ségolène Royal, la présidente de la région, qui avait dit : « Si vous programmez cet artiste, la subvention disparaîtra ». Elle n’a pas encore réagi, là-dessus, Ségolène Royal.

- Oui, moi je trouve que – si c’est vrai – je trouve que c’est grave, et puis de toute manière ça a pas lieu d’être dans notre pays. C’qui est intéressant en réalite c’est que le milieu du rap en réalite a très mauvaise presse globalement, pasque ce sont surtout des chanteurs qui revendiquent un certain ensemble de choses mais ils le revendiquent d’une certaine manière qui peut aussi, j’dirais, hérisser le poil – sinon plus – à beaucoup d’entre nous.

- Alors vous voulez les réunir. Pourquoi ?

- Moi j’ai souhaité les réunir autour d’une table ronde, mais ça date pas d’aujourd’hui, hein, ça date d’un bout de temps, y compris quand j’étais dans mes anciennes fonctions ; pasque je crois que justement le sujet s’y prête totalement et l’illustre parfaitement. Je crois qu’il faut à la fois respecter la liberté d’expression, la liberté artistique, auxquelles nous sommes tous très attachés… mais en même temps il faut trouver le point d’équilibre, donc cette manière de pouvoir exprimer un certain ensemble de choses en les dénonçant et en revendiquant… tout en respectant aussi des choses qui peuvent exister.

- Vous leur lancez une invitation ce soir ?

- Oui moi je lance une invitation. Je souhaiterais organiser une table ronde – tout le monde est le bienvenu – je crois qu’en fait c’est un rendez-vous qu’il faut pas manquer. Il faut que le milieu du rap et tous les rappeurs fassent la démonstration – et je pense particulièrement à un jeune rappeur qu’est très à la mode en ce moment mais qu’est un rappeur qui revient de loin aussi, qui s’appelle Larsen, qui a fait un excellent travail, sur lui-même aussi, qui est un vrai artiste qui dénonce beaucoup de choses, mais qui le denonce avec une intelligence extraordinaire. Je pense que ce serait intéressant que tous les rappeurs se réunissent, qu’y ratent pas ce rendez-vous, de faire la démonstration qu’on peut dénoncer, qu’on peut dire des choses, être contre l’injustice… et en même temps être dans un cadre qui respecte aussi les personnes.

- Pas d’interdiction mais des discussions ?

- Non j’pense pas qu’y faille interdire mais j’pense surtout qu’y faille plutôt, là, dialoguer.

lundi 13 juillet 2009

J'entends le renard


Merci infiniment à A*** de m'avoir fait découvrir ce bijou, que je ne cesse désormais d'écouter, religieusement.
Heureusement qu'elle ne comptait pas chanter aux Francofolies, elle...

mardi 7 juillet 2009

Une Porsche, une vache, une patate

Il y a tout juste une semaine, après deux longs mois d’attente, je prenais enfin les commandes de ma nouvelle voiture. Eh bien il faut être honnête : on a beau prétendre ne pas s’attacher aux biens matériels, on a beau clamer qu’on se contenterait tout aussi bien d’une poubelle à quatre roues si elle était capable de nous conduire d’un point A à un point B, on prend tout de même rapidement goût à une belle bagnole bien rutilante.

Je ne dis pas ça parce que je l’ai polishée jusqu’à en attaquer la peinture pourtant neuve, ni parce que j’ai dormi dedans cette nuit. Mais tenez, ce matin, par exemple, j’ai écrasé à coups de batte la gueule de deux pédés qui faisaient mine de s’en approcher. Après enquête, il s’est avéré qu’il s’agissait seulement de deux touristes égarés qui voulaient me demander leur chemin. Ouf ! J’en ai profité pour leur montrer mon super GPS. Ils étaient ravis !

Cet après-midi, je vais faire quelques emplettes pour égayer l’intérieur de mon bolide : parfums d’ambiance, gainages en cuir, pare-soleil Titi et Grosminet… Mais pas de chien de plage arrière, hein. D’abord, je viens d’abandonner mon vrai chien à la SPA pour ne pas qu’il me foute des poils dans le coffre ; c’est certainement pas pour en prendre un faux. Et puis j’aurais trop peur de passer pour un beauf.

jeudi 2 juillet 2009

Fool art


lundi 29 juin 2009

Dawn of the Dead

Couché vers minuit et demi, je me retourne et m'énerve dans mon lit depuis 4h30 du matin. De guerre lasse, je finis par venir "surfer" un peu. Il y a des aubes, comme ça, où l'on a vraiment la désagréable impression d'être un geek...

mardi 23 juin 2009

Top délire méga groove


Depuis le temps, j’aurais pourtant dû retenir la leçon : je suis absolument incapable de travailler en écoutant de la musique. Mais c’est plus fort que moi ; quand le travail en question est particulièrement fastidueux, je surestime mon pouvoir de concentration et retente ma chance. Hier, alors que je jouais les scribes en recopiant, pour la thèse, des citations glanées lors de diverses lectures, j’ai ainsi eu l’excellente idée de lancer un petit pot-pourri de tubes des années 90. (Bloody nostalgia!) Voilà le résultat :


In many ways, faith in the eighteenth century seems to concentrate upon itself a whole set of tensions and contradictions. On the one hand, for instance, a lot of Anglicans wondered how and why yesterday you told me ’bout the blue blue sky, and all that I can see is just a yellow lemon-tree. In this respect, the writings of the then Archbishop of Canterbury are particularly revealing: “What if God was one of us? Just a slob like one of us? Just a stranger on the bus, trying to make his way home?”

Yet on the other hand, Protestantism as a whole went through a series of changes. Whereas the doctrines which composed it had been rather simple et funky since the Reformation, from the 1720s onwards it tended to become Beregovoy, aussi vite que Senna, je veux atteindre le nirvana.

For modern readers of course, this apparent paradox may be puzzling, but that’s okay cause I’ve got no self-esteem. After all, it should be kept in mind that such changes did not only take place in Britain but also throughout Europe and even, to a certain extent, around the world around the wooooorld around the world around the wooooorld – particularly after 1776. Indeed, it was no coincidence that George III’s famous statement (“Love me, love me, say that you love me, fool me, fool me, go on and fool me.”) was delivered that very same year. As a result, our first purpose will consist in determining if it makes you happy it can’t be that baa-a-a-ad, if it makes you happy then why the hell are you so sad?



Je vous invite d’ores et déjà tous à ma soutenance (pas de baskets, s’il vous plaît). Il y aura un DJ et une boule à facettes. J’ai hâte !