Je dirais même plus...

jeudi 22 octobre 2009

Demandez-vous, belle jeunesse...

Ils étaient usés à quinze ans
Ils finissaient en débutant
Les douze mois s'appelaient décembre
Quelle vie ont eue nos grands-parents
Entre l'absinthe et les grand-messes
Ils étaient vieux avant que d'être
Quinze heures par jour le corps en laisse
Laissent au visage un teint de cendre
Oui not' Monsieur oui not' bon Maître
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

lundi 19 octobre 2009

Dans quelle poubelle ?

Ce matin, une affiche épinglée dans le local à poubelles de mon immeuble m'avise que je peux recevoir "la visite à [mon] domicile d'un ambassadeur du tri", afin de me "sensibiliser aux gestes du tri sélectif". En outre, j'ai le bonheur d'apprendre que cette initiative citoyenne a été concoctée par l'association "Toubitri", dont les membres se targuent d'être des "agitateurs du tri".
Ou comment faire du recyclage des boîtes de conserve et des bouteilles de lait un acte à la fois diplomatique et subversif.

jeudi 15 octobre 2009

Ole Mahatma

Conversation entre deux étudiants ce matin :
- Last summer, I went to Barcelona and visited the Sagrada Familia, by the famous architect, you know...
- Oh yes! Gandhi?

dimanche 11 octobre 2009

Rôle décomposition

On ne peut qu'être frappé par le fait que les acteurs et les comédiens, qui comptent aujourd'hui parmi les notables les plus gras de notre société et en sont, pour beaucoup, le plus médiocre reflet (puisque le septième art n'a lui-même plus d'autre ambition que de "refleter les problématiques qui sont les nôtres") ; on ne peut qu'être frappé, donc, par le fait que ces sinistres farceurs n'aient de cesse de se déclarer de "distants observateurs" de leur époque, dans le conformisme de laquelle ils sont pourtant englués de toute leur âme, et qu'ils soient les plus prompts à dégainer la ritournelle - inoffensive, il est vrai - de l'anticonformisme.
Ainsi, rien n'est plus distrayant que d'entendre ces faquins évoquer avec la fatuité la plus outrée (mais sans déclencher le moindre sourire) les chefs-d'oeuvre "engagés" et "décalés" auxquels ils ont eu "l'immense privilège" de participer. Il faut souligner, à leur décharge, que les préposés en promotion qui les reçoivent pour écouter complaisamment leur babil leur mâchent grandement le travail. "Ce film, ça a été une vraie aventure humaine ?" et "Pour ce rôle, vous vous êtes vraiment mis en danger ?" semblent être devenues deux des questions incontournables de ces autres bouffons sincères que l'on nomme journalistes. La mousse est prête : il n'y a plus qu'à s'en enduire. Et à enchaîner sur le statut toujours précaire, "sur le fil" - mais par là même noble - de l'acteur. Le mot "acteur", du reste, est déjà de trop si l'on en croit les principaux intéressés : "Je ne suis qu'un saltimbanque, un marginal, affirment-ils sans broncher, tout potelés de leurs succès et roses de leur satisfaction. Je suis un héritier de Molière, iconoclaste dérangeant enterré dans la fosse commune (car Poquelin est aujourd'hui à l'artiste ce que Hitler est à l'anti-raciste). Je ne suis qu'un clown triste". Pour le coup, ils ne pensent pas si bien dire. C'est sûrement cela que l'on appelle l'ironie dramatique.

vendredi 9 octobre 2009

La radoteuse de Serge

Madame Nostalgie
Tu pleures sur un nom de ville
Et tu confonds, pauvre imbécile,
L'amour et la géographie.

mardi 6 octobre 2009

Farce moderne en un acte

Scène 1

Une voix féminine enregistrée, peut-être enjouée mais noyée dans du bruit vivaldien (Les Quatre saisons, version catastrophe climatique) :
Tous nos techniciens sont occupés. Nous nous efforçons d’écourter votre attente. Votre attente ne devrait pas durer plus de… DIX MI-NUTES… … … Tous nos techniciens sont occupés. Nous nous efforçons d’écourter votre attente. Votre attente ne devrait pas durer plus de… QUINZE MI-NUTES… … … Tous nos…


Scène 2

- Allô bijour missieur, ici le service assistance hotline de Cdescons.com. En quoi puis-je satisfaire votre demande ?
- Bonjour. Je vous appelle parce que l’imprimante wi-fi que je viens d’acheter sur votre site ne fonctionne pas correctement. Aucune touche ne réagit, et en plus elle ne trouve pas le réseau.
- D’accord missieur. Y’a pas d'souci. Ji vais vous demander de faire li manipulations suivantes. Vous y êtes prêt ?
- Oui.
- Vérifiez que l’imprimante elle est bien reliée à une prise électrique, siouplaît missieur.
- Euh… Bah oui, évidemment !
- Si ça ne marche toujours pas, vérifiez que vous avez bien une connexion internet, missieur.
- C’est Béliveau, au bout du fil, là ? C’était une farce, l’annonce de ta mort ?
- Pardon, missieur ?
- Non rien. J’ai vérifié mais ce n’est pas ça.
- Bien. Vous avez bien un ordinateur, hein ?
- Il semblerait, oui…
- Bon, alors missieur, c’est peut-être un problème di ritour.
- De retour de quoi ?
- Non ! Di RI-TOUR, sur li réseau.
- Ah ! De routeur ?
- Oui. Ji vais vous faire un bon di ritour pour le produit.
- Et ça consiste en quoi, au juste, un bon de routeur ?
- Non ! Di RI-TOUR, pour nous renvoyer le produit.
- Ah, oui, pardon … Donc il faut que je vous renvoie l’imprimante par colis ? Mais qui paie les frais de transport ?
- Li frais di ritour ils sont à la charge du client, missieur.
- Comment ? Mais enfin ce n’est quand même pas ma faute si votre produit est défectueux ! Vous savez combien ça coûte d’envoyer un engin pareil par colis ???
- Non, missieur, mais votre bureau di poste il pourra sûrement vous renseigner.
- Mais je…
- Voilà missieur, toute l’équipe di Cdescons.com elle vous remercie di votre appel. En vous souhaitant un bon début de continuation de fin de journée, missieur. BIP… BIP… BIP…

Rideau

lundi 28 septembre 2009

lundi 21 septembre 2009

Le pharaon fainéant


On peut parfois légitimement se demander - non sans une certaine sensation de vertige - dans quelles mesquineries on serait prêt à se compromettre, dans quelles turpitudes on serait ravi de se vautrer, dans quels abîmes on ne tomberait pas de son plein gré pour éviter de se mettre au travail...

jeudi 17 septembre 2009

Festivinus

Lors du cauchemardesque « marathon du Médoc », un participant tout rougeaud d’enthousiasme :

C’est vraiment festif ! C’est la première fois que je viens mais je pense que ce sera pas la deuxième !

Le reportage, digne des meilleurs crus, se déguste ici.

lundi 14 septembre 2009

Rentrée de Vichy, rentrée réussie !


En cette rentrée, convenons-en, l’actualité sourit à la cohorte des « révoltés semi-officiels », des « insurgés du juste milieu » et autres « émancipateurs subventionnés » qui faisaient les délices de Philippe Muray. Pensez donc ! Quelques jours seulement après la mise à la retraite forcée du haut fonctionnaire nazillon Girot de Langlade, c’est au tour du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux – celui-là même qui avait mis le précédent sur la touche – de faire son coming out raciste. Quelle aubaine ! De quoi faire bêler les troupeaux droits-de-l’hommistes au fascisme pendant des mois. De quoi aussi faire rebander toutes les ligues vigilantes après la trêve estivalo-festive.

Passons sur le fait qu’un court extrait de conversation, filmé par un amateur sur un téléphone portable avant d’être diffusé en boucle hors contexte, puisse aujourd’hui tenir lieu de preuve irréfutable de « dérapage » (comprenez : de la tenue de propos jugés racistes, misogynes ou homophobes), et ce sans que personne semble s’en inquiéter le moins du monde. C’est ce qu’il est désormais convenu d’appeler un « buzz ». Passons encore sur le fait que le jeune homme à qui s’adresse Hortefeux dans l’extrait en question ne paraisse nullement s’émouvoir de la plaisanterie de celui-ci. « En même temps, il est militant UMP », nous rétorquera-t-on d’un air entendu – argument décisif s’il en est.

Nous n’en sommes plus à ces détails, en réalité, comme le prouve l’hilarante ligne de défense du brave Brice (« Je parlais des Auvergnats »). Quand on y réfléchit plus de cinq minutes (laps de temps nécessaire pour passer le cap du simple mais exquis grotesque), cette déclaration prend une teinte surréaliste. Elle semble en effet impliquer que tous les participants à cette sinistre farce qu’on nomme « polémique », à commencer par le principal accusé, se sont mis d’accord sur le postulat suivant : si les phrases incriminées visaient bien les « immigrés » (là encore, il faut lire entre les lignes…), il y aurait indiscutablement « dérapage ». En d’autres termes, le bavardage (on n’ose dire « débat ») actuel ne saurait porter que sur la signification (bonne ou mauvaise) de la plaisanterie du ministre (c’est ce que l’on appelait, en d’autres temps, un procès d’intention) ; à aucun moment sur le droit qu’aurait quiconque de formuler ladite plaisanterie dans l’hypothèse même où celle-ci viserait bien les « immigrés ». C’est que ce droit est déjà devenu inimaginable, impensable.

La raison en est fort simple : nous savons bien, n’est-ce pas, où risque de nous mener ce genre d’humour. Mais si, vous savez : aux heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire. Inutile de vous faire un dessin. On commence pété de rire ; on finit pétainiste. Les zygomatiques stigmatisent. Il est donc plus prudent de suivre quelques consignes de bon sens, par principe de précaution : faire de l’esprit, pourquoi pas, mais respectueusement ; se montrer ironique à la rigueur, mais sans ambiguïté mal placée ; jouer les sarcastiques éventuellement, mais avec tendresse et compassion ; être tolérant surtout, mais avec les gens qui pensent comme nous. À ce propos, l’accueil de Frédéric Mitterrand à la « fête de l’Huma » (haut lieu de la culture, comme chacun sait) sous les cris de « collabo » et d’ « enculé » était distrayant, à défaut d’être surprenant.

Il convient encore d’égrener l’éternel chapelet : l’histoire qui a tôt fait de se répéter ; le fascisme qui avance toujours masqué, etc. Le plus drôle, c’est que tout cela est parfaitement exact. Sans vouloir crier au loup à mon tour, je fais aujourd’hui le pari que si le fascisme devait faire son retour en Europe, il surgirait effectivement de l’endroit où on l’attend le moins. Quand, au nom du respect, de la tolérance et du mieux-vivre-ensemble, nos vertueuses ligues citoyennes, si jeunes, belles et fortes de leur « métissage », auront tari une à une toutes les sources de la critique et de l’humour, c’est-à-dire de la liberté, alors nous commencerons à rire pour de bon.

Je songe à ce tableau fascinant de Dali : Jeune vierge autosodomisée par les cornes de sa propre chasteté. Préparons la vaseline…


NB : Au moment de publier ce billet, je tombe, presque par hasard, sur un article intitulé : « Le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux fêtera la fin du ramadan à Paris ». On n’a pas fini de rigoler !

dimanche 13 septembre 2009

Too black to see


With dark they built a fire against the log and ate plates of okra and beans and the last of the canned potatoes. The fruit was long gone. They drank tea and sat by the fire and they slept in the sand and listened to the roll of the surf in the bay. The long shudder and fall of it. He got up in the night and walked out and stood on the beach wrapped in his blankets. Too black to see. Taste of salt on his lips. Waiting. Waiting. Then the slow boom falling downshore. The seething hiss of it washing over the beach and drawing away again. He thought there could be deathships out there yet, drifting with their lolling rags of sail. Or life in the deep. Great squid propelling themselves over the floor of the sea in the cold darkness. Shuttling past like trains, eyes the size of saucers. And perhaps beyond those shrouded swells another man did walk with another child on the dead gray sands. Slept but a sea apart on another beach among the bitter ashes of the world or stood in their rags lost to the same indifferent sun.


Cormac McCarthy, The Road, 2006.

lundi 7 septembre 2009

Certains missiés y'en a abrutis quand même


Des marqueurs, du papier, des cartouches d’encre, un agenda, de la bière… Ah ! J’allais oublier l’essentiel sur ma liste de rentrée : une dizaine d’exemplaires de Tintin au Congo à mettre en sûreté avant que l’album tel qu’on le connaît ne disparaisse de la circulation. Mon reporter fétiche a beau être fortiche, je doute qu’il soit de taille à lutter contre de Joyeux Turlurons tels que Bienvenu Mbutu Mondondo (l’étudiant congolais qui a porté plainte contre Moulinsart S.A. pour racisme) ou Patrick Lozès (« Noir, tout simplement, pharmacien et président du CRAN » - dixit son blog) qui exigent sur tous les tons qu’un « texte didactique » soit inséré en préambule de l’album incriminé. Tintincaca, en somme.

C’est qu’elle est bien huilée, la rhétorique philanthropique de ces espèces d’individous. Tellement qu’elle en dégouline, à vrai dire. À aucun moment il n’est question de mutilation ni de censure. Pensez-vous ! Il s’agit simplement d’avertir, d’expliquer, de remettre en contexte. Comprenez : de faire acte de pénitence. Je m’amuse à parcourir du regard ma bibliothèque, pour estimer combien d’œuvres seraient susceptibles de se voir affublées d’un « texte didactique ». Car il ne fait nul doute que la bande dessinée n’est qu’une première étape : la littérature suivra. Autant vous avouer qu’il y a du boulot. De quoi régler le problème du chômage, même. C’est qu’il en faudra, des bataillons de rédacteurs pédagogues, pour nous rappeler que « Rabelais était tout de même fort grivois », que « Flaubert était peut-être un peu misogyne » (« Rodolphe Boulanger de la Huchette est un vilain garçon. Ne faites pas la même chose chez vous ») ou encore que « Céline avait beau être un bon écrivain, il lui arrivait d’être antisémite ».

Elle a de quoi faire sourire, d’ailleurs, cette obsession apparente de la « remise en contexte », quand la tendance actuelle est précisément à la négation du contexte, c’est-à-dire de l’évolution des mentalités, c’est-à-dire de l’histoire. Rappeler, même du bout des lèvres, que « nos valeurs » n’ont pas toujours prévalu est devenu un crime de lèse-société. Gloire à l’anachronisme et à la rétroactivité, qui nous confortent dans notre légitimité durement acquise ! Un petit téléfilm sur la lutte féministe de Madame de Pompadour par-ci, une représentation d’Antigone en costumes nazis par-là…

À quand la réécriture des œuvres elles-mêmes pour les mettre « au goût du jour », pour faire « qu’elles répondent mieux aux problématiques de notre société » ? Nous y viendrons peut-être. Pour avoir la paix, Hergé n’avait pas attendu, lui : les pèlerins qui baragouinent petit-nègre dans l’édition originale de Coke en stock parlent, dans la version actuelle, un français d’académicien. De même, Tintin faisant la classe dans l’album congolais y donne aujourd’hui une sommaire leçon d'arithmétique (« Combien font deux plus deux ? »), venue remplacer la célèbre tirade : « Mes chers amis, je vais vous parler aujourd’hui de votre patrie, la Belgique !... » - autrement plus drôle.

Car comme le rappelle Michael Farr (Tintin : le rêve et la réalité), Tintin au Congo demeure de très loin l’album d’Hergé le plus populaire en Afrique. Ah, ces Africains ! Ils ont beau ne pas être de grands enfants rigolards, ils ne se rendent pas compte des conséquences dévastatrices de leur humour. Il faut mener la lutte à leur place car ils prennent tout à la légère. Ils s’esclaffent en découvrant comment les blancs les percevaient il y a 80 ans alors qu’ils devraient déjà être en procès. Vous avez dit cliché ?

dimanche 6 septembre 2009

Une connerie avertie en vaut deux (au moins)

Fermeture d'une crèche pour cause de grippe A :
Le maire, par précaution, n'a souhaité prendre aucun risque.

jeudi 3 septembre 2009

Lost in translation

Lu ce matin dans la copie de version d'une étudiante convoquée à la session de rattrapage. Inutile de savoir l'anglais pour savourer la traduction :
Texte original
The turnaround suggests the limits of U.S. power in the world emerging out of the rubble of the financial crisis. Many countries, including U.S. allies, are increasingly putting pressure on America to clean up a mess they believe it created.
Traduction
Le tour de table propose une limitation des pouvoirs américains sur le monde émergent de la crise financiaire redondante. Beaucoup de pays, incluant les alliés américains, sont constament en train de pressioner l'Amérique afin qu'elle répare le bordel qu'ils croivent qu'elle a créée.

dimanche 16 août 2009

La réponse est dans la question

Un adolescent abat ses parents et son frère au fusil :
on ne connaît pas encore les motivations de ce coup de folie.

mercredi 5 août 2009

Fortune cookies

En épluchant mon courrier virtuel ce matin, je tombe sur ces deux messages, sûrement bienveillants, mais dont je n'aurai lu que l'objet : "N'utilise pas ta vraie" et "Désabricotez-moi !"
Deux conseils qu'il sera difficile de suivre en même temps, j'imagine...

mercredi 29 juillet 2009

Vaguement


Qu'est-ce ?
(Réponse en commentaire)

lundi 20 juillet 2009

Tout en respectant aussi des choses qui peuvent exister

C’est plus fort qu’elle. Quand la gauche se ridiculise, ce qui devient une fâcheuse habitude, la droite – compatissante – ne peut se résoudre à la laisser se noyer seule et plonge donc à son tour, tête baissée. C’est presque une forme de courtoisie, un aveu de dette (« C’est le moins qu’on puisse faire… ») Et d’envoyer, par exemple, l’impayable Fadela Amara au 20 Heures de France 2, lundi 13 juin, pour commenter l’affaire Orelsan. Amis du parler-cash, accrochez-vous bien à vos slips…

NB : Je précise, pour les optimisto-sceptiques, que ma transcription est fidèle au mot près. Ceux qui liront ce billet suffisamment tôt pourront s’en convaincre en allant sur le site de France 2, où les JT sont archivés huit jours. C’est en pensant à tous les autres, malchanceux, que j’ai pris mon courage à deux doigts.

- Fadela Amara, les festivals ont raison d’être sur la réserve, de refuser cet artiste, ou bien est-ce que la liberté de création doit primer sur tout ?

- Écoutez je vais peut-être vous étonner mais moi je suis très très attachée à la liberté d’expression… mais je comprends parfaitement les organisations féministes ont eu raison de contester, nous sommes dans une démocratie, elles ont le droit de s’exprimer. C’est vrai que on mesure pas mais la chanson d’Orelsan – le rappeur, donc – est une chanson dans laquelle on parle des femmes mais d’une manière extrêmement abjecte. Quand on a dit ça, en réalite, on n’a pas dit grand-chose, pasque la vérite c’est que on est dans une posture artistique et je pense que on est dans des sujets qui prêtent à polémique. On est aussi dans une instrumentalisation politique pasque j’ai cru comprendre qu’y’a des pressions à la subvention qui sont faites…

- Là vous parlez de Ségolène Royal, la présidente de la région, qui avait dit : « Si vous programmez cet artiste, la subvention disparaîtra ». Elle n’a pas encore réagi, là-dessus, Ségolène Royal.

- Oui, moi je trouve que – si c’est vrai – je trouve que c’est grave, et puis de toute manière ça a pas lieu d’être dans notre pays. C’qui est intéressant en réalite c’est que le milieu du rap en réalite a très mauvaise presse globalement, pasque ce sont surtout des chanteurs qui revendiquent un certain ensemble de choses mais ils le revendiquent d’une certaine manière qui peut aussi, j’dirais, hérisser le poil – sinon plus – à beaucoup d’entre nous.

- Alors vous voulez les réunir. Pourquoi ?

- Moi j’ai souhaité les réunir autour d’une table ronde, mais ça date pas d’aujourd’hui, hein, ça date d’un bout de temps, y compris quand j’étais dans mes anciennes fonctions ; pasque je crois que justement le sujet s’y prête totalement et l’illustre parfaitement. Je crois qu’il faut à la fois respecter la liberté d’expression, la liberté artistique, auxquelles nous sommes tous très attachés… mais en même temps il faut trouver le point d’équilibre, donc cette manière de pouvoir exprimer un certain ensemble de choses en les dénonçant et en revendiquant… tout en respectant aussi des choses qui peuvent exister.

- Vous leur lancez une invitation ce soir ?

- Oui moi je lance une invitation. Je souhaiterais organiser une table ronde – tout le monde est le bienvenu – je crois qu’en fait c’est un rendez-vous qu’il faut pas manquer. Il faut que le milieu du rap et tous les rappeurs fassent la démonstration – et je pense particulièrement à un jeune rappeur qu’est très à la mode en ce moment mais qu’est un rappeur qui revient de loin aussi, qui s’appelle Larsen, qui a fait un excellent travail, sur lui-même aussi, qui est un vrai artiste qui dénonce beaucoup de choses, mais qui le denonce avec une intelligence extraordinaire. Je pense que ce serait intéressant que tous les rappeurs se réunissent, qu’y ratent pas ce rendez-vous, de faire la démonstration qu’on peut dénoncer, qu’on peut dire des choses, être contre l’injustice… et en même temps être dans un cadre qui respecte aussi les personnes.

- Pas d’interdiction mais des discussions ?

- Non j’pense pas qu’y faille interdire mais j’pense surtout qu’y faille plutôt, là, dialoguer.

lundi 13 juillet 2009

J'entends le renard


Merci infiniment à A*** de m'avoir fait découvrir ce bijou, que je ne cesse désormais d'écouter, religieusement.
Heureusement qu'elle ne comptait pas chanter aux Francofolies, elle...

mardi 7 juillet 2009

Une Porsche, une vache, une patate

Il y a tout juste une semaine, après deux longs mois d’attente, je prenais enfin les commandes de ma nouvelle voiture. Eh bien il faut être honnête : on a beau prétendre ne pas s’attacher aux biens matériels, on a beau clamer qu’on se contenterait tout aussi bien d’une poubelle à quatre roues si elle était capable de nous conduire d’un point A à un point B, on prend tout de même rapidement goût à une belle bagnole bien rutilante.

Je ne dis pas ça parce que je l’ai polishée jusqu’à en attaquer la peinture pourtant neuve, ni parce que j’ai dormi dedans cette nuit. Mais tenez, ce matin, par exemple, j’ai écrasé à coups de batte la gueule de deux pédés qui faisaient mine de s’en approcher. Après enquête, il s’est avéré qu’il s’agissait seulement de deux touristes égarés qui voulaient me demander leur chemin. Ouf ! J’en ai profité pour leur montrer mon super GPS. Ils étaient ravis !

Cet après-midi, je vais faire quelques emplettes pour égayer l’intérieur de mon bolide : parfums d’ambiance, gainages en cuir, pare-soleil Titi et Grosminet… Mais pas de chien de plage arrière, hein. D’abord, je viens d’abandonner mon vrai chien à la SPA pour ne pas qu’il me foute des poils dans le coffre ; c’est certainement pas pour en prendre un faux. Et puis j’aurais trop peur de passer pour un beauf.

jeudi 2 juillet 2009

Fool art


lundi 29 juin 2009

Dawn of the Dead

Couché vers minuit et demi, je me retourne et m'énerve dans mon lit depuis 4h30 du matin. De guerre lasse, je finis par venir "surfer" un peu. Il y a des aubes, comme ça, où l'on a vraiment la désagréable impression d'être un geek...

mardi 23 juin 2009

Top délire méga groove


Depuis le temps, j’aurais pourtant dû retenir la leçon : je suis absolument incapable de travailler en écoutant de la musique. Mais c’est plus fort que moi ; quand le travail en question est particulièrement fastidueux, je surestime mon pouvoir de concentration et retente ma chance. Hier, alors que je jouais les scribes en recopiant, pour la thèse, des citations glanées lors de diverses lectures, j’ai ainsi eu l’excellente idée de lancer un petit pot-pourri de tubes des années 90. (Bloody nostalgia!) Voilà le résultat :


In many ways, faith in the eighteenth century seems to concentrate upon itself a whole set of tensions and contradictions. On the one hand, for instance, a lot of Anglicans wondered how and why yesterday you told me ’bout the blue blue sky, and all that I can see is just a yellow lemon-tree. In this respect, the writings of the then Archbishop of Canterbury are particularly revealing: “What if God was one of us? Just a slob like one of us? Just a stranger on the bus, trying to make his way home?”

Yet on the other hand, Protestantism as a whole went through a series of changes. Whereas the doctrines which composed it had been rather simple et funky since the Reformation, from the 1720s onwards it tended to become Beregovoy, aussi vite que Senna, je veux atteindre le nirvana.

For modern readers of course, this apparent paradox may be puzzling, but that’s okay cause I’ve got no self-esteem. After all, it should be kept in mind that such changes did not only take place in Britain but also throughout Europe and even, to a certain extent, around the world around the wooooorld around the world around the wooooorld – particularly after 1776. Indeed, it was no coincidence that George III’s famous statement (“Love me, love me, say that you love me, fool me, fool me, go on and fool me.”) was delivered that very same year. As a result, our first purpose will consist in determining if it makes you happy it can’t be that baa-a-a-ad, if it makes you happy then why the hell are you so sad?



Je vous invite d’ores et déjà tous à ma soutenance (pas de baskets, s’il vous plaît). Il y aura un DJ et une boule à facettes. J’ai hâte !

samedi 20 juin 2009

Et moi, et moi, émois…

Le premier paradoxe, c’est qu’à la revendication formulée des millions de fois, pour chacun, d’être soi-même – c’est-à-dire, aurait-on pu croire, d’assumer sans entraves son originalité, son caractère unique, irremplaçable, irréductible à la norme – semble correspondre une société où les êtres sont de plus en plus semblables, et leurs aspirations plus semblablement limitées, leurs phrases plus semblablement prévisibles : plus chacun est soi-même, mieux tout le monde est pareil, médiocrement pareil.
Le deuxième paradoxe, jumeau du précédent, c’est qu’à la sommation innombrable, à tout instant et par tous les moyens proférée, de s’ouvrir à l’autre, à l’étranger, à toutes les cultures, et d’installer en soi-même comme en la cité le multiculturalisme, en somme, le pluriethnisme, l’aimante pluralité de tout, paraisse correspondre un monde où les lieux et les esprits des lieux sont de plus en plus interchangeables, pareillement affligeants en leur laideur et leur docile conformité à de piteux critères uniques. (pp. 36-8)

Renaud Camus, Syntaxe ou l’autre dans la langue, 2004


Contrairement au sentiment sans doute dominant de l’époque, l’insensibilité au jugement d’autrui n’est en aucune manière une qualité en soi ; et elle n’a pas du tout la même signification morale, ni surtout la même valeur, selon qu’elle est éprouvée par une personne qui s’en sert à protéger ses bonnes actions ou bien ses mauvaises, ses bons sentiments ou ses haines, sa nocence ou son innocence. Il se trouve hélas que la très légitime faveur dont jouit ce trait de personnalité quand il contribue à soutenir la liberté d’esprit et à défendre les comportements généraux, bénéfiques, méritoires, éclairés, qui ne sont pas jugés tels par un entourage ou un public abusés, que cette popularité et cette estime qui saluent l’indifférence à l’opinion des autres, se sont étendus bien à tort à des manifestations de cette particularité psychologique et morale où ne se reflètent rien d’autre, à la vérité, que l’absence de scrupule ou l’engourdissement, pour ne pas dire pis, de la conscience éthique. (pp. 166-7)

Renaud Camus, Éloge de la honte, 2004

jeudi 18 juin 2009

Le savoir-parler-moderne : leçon 1

– Tu bouges sur Paris, ce week-end ?
– Ouais. Je vais voir l’expo Warhol. C’était vraiment un Grand-Monsieur de l’art contemporain. Je suis assez fan.
– C’est clair. Quand tu vois ses photos, c’est que du bonheur.
– Et toi, tu bouges aussi ?
– Ce week-end, c’est juste pas possible. On a décidé de rester tranquilles avec ma copine. Ça devrait être plutôt pas mal.
– C’est du lourd ! Bon week-end, alors.
– Y’a pas d’souci.

lundi 15 juin 2009

The Good Old Days

Gallantry was, of course, a man’s world. Yet, at least in racy London society, ladies were assumed to possess strong sexual appetites and the right to their gratification. They were not kept prudishly innocent or ignorant, as perhaps in Victorian times, for sex manuals, such as Aristotle’s Masterpiece, seem to have circulated widely among women (…). London waxworks mounted ‘educational’ displays of female reproductive organs. And the Nottingham Weekly Courant of 26 November 1717 carried an advertisement informing readers that:

Any able young Man, strong in the Back, and endow’d with a good Carnal Weapon, with all the Appurtenances thereunto belonging in good Repair, may have Half A Crown per Night, a Pair of clean Sheets, and other Necessaries, to perform Nocturnal Services on one Sarah Y---tes, whose Husband having for these 9 Months past lost the Use of his Peace-Maker, the unhappy Woman is thereby driven to the last Extremity.

Roy Porter, English Society in the Eighteenth Century, 1982

samedi 13 juin 2009

Cri(cri) d’amour

Il n’y a donc plus ni pères, ni mères, ni enfants. Seulement des papas, des mamans et des bout’chou. Provisoirement, d’ailleurs, car les deux premiers seront eux-mêmes bientôt remplacés par le générique parent. (Exemple : « Hier, avec mon parent, on est allés au zoo »). L’unisexe, on dira ce qu’on voudra, c’est plus pratique et moins fasciste. Encore un peu de patience.

En attendant, disais-je, papa-maman et leurs bout’chou se portent bien. Tendez l’oreille si vous n’êtes pas convaincus. « Blocage des universités : les mamans contre-attaquent ». « Le papa qui maltraitait son bout’chou depuis 43 ans sans qu’aucun voisin ne s’en aperçoive a été interpellé ». « La maman avait congelé ses bout’chou mais le papa la soutient », etc. C’est acquis. Inutile de s’appesantir.

Je propose, en revanche, d’aller plus loin, pour mettre fin à une odieuse inégalité de traitement. Avant même de devenir papa ou maman, n’est-on pas, en effet, amoureux ou amoureuse ? Dès lors, à quoi bon chanter les louanges de la parentalité si l’on discrimine le couple, en lui niant la part d’émotion publique qui lui revient de droit ? Je suggère donc que nous fassions un travail sur nous-mêmes et que nous nous efforcions de corriger nos mauvaises habitudes, à commencer par celle qui consiste à employer des mots aussi sordidement dénués d’affectif que mari, femme, compagnon ou compagne. D’aucuns trouveront peut-être le défi difficile à relever, mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ? Imaginez avec quelle béatitude nous lirions ou entendrions les gros titres de demain : « Le Président s’est rendu à Londres accompagné de sa bibiche chérie ». « Catastrophe aérienne : 224 morts dont 96 sucres d’orge et 55 pupuces ». « Une comédienne battue à mort par son biquet d’amour ». How’s that for starters?

mardi 9 juin 2009

dimanche 7 juin 2009

A big eye is watching you


Cher directeur de thèse,

Je suis bien arrivé à Londres, sous un temps médiocre. J’ai commencé mes travaux de recherche à la British Library. Certes, ceux-ci avancent assez lentement : il y a des hauts et des bas et j’ai parfois le sentiment de tourner en rond. Je commence cependant à prendre un peu de hauteur et à mettre les choses en perspective. J’ai même, à cette heure, une bonne vue d’ensemble.

Bien à vous,
Votre studieux thésard

samedi 23 mai 2009

Not as a dodo


Marley was dead, to begin with. There is no doubt whatever about that. The register of his burial was signed by the clergyman, the clerk, the undertaker, and the chief mourner. Scrooge signed it. And Scrooge's name was good upon 'Change, for anything he chose to put his hand to.
Old Marley was as dead as a door-nail.
Mind! I don't mean to say that I know, of my own knowledge, what there is particularly dead about a door-nail. I might have been inclined, myself, to regard a coffin-nail as the deadest piece of ironmongery in the trade. But the wisdom of our ancestors is in the simile; and my unhallowed hands shall not disturb it, or the Country's done for. You will therefore permit me to repeat, emphatically, that Marley was as dead as a door-nail.
Scrooge knew he was dead? Of course he did. How could it be otherwise? Scrooge and he were partners for I don't know how many years. Scrooge was his sole executor, his sole administrator, his sole assign, his sole residuary legatee, his sole friend and sole mourner. And even Scrooge was not so dreadfully cut up by the sad event, but that he was an excellent man of business on the very day of the funeral, and solemnised it with an undoubted bargain.
The mention of Marley's funeral brings me back to the point I started from. There is no doubt that Marley was dead. This must be distinctly understood, or nothing wonderful can come of the story I am going to relate. If we were not perfectly convinced that Hamlet's father died before the play began, there would be nothing more remarkable in his taking a stroll at night, in an easterly wind, upon his own ramparts, than there would be in any other middle-aged gentleman rashly turning out after dark in a breezy spot – say Saint Paul's Churchyard for instance – literally to astonish his son's weak mind.
Charles Dickens, A Christmas Carol, 1843