Je dirais même plus...

dimanche 6 septembre 2009

Une connerie avertie en vaut deux (au moins)

Fermeture d'une crèche pour cause de grippe A :
Le maire, par précaution, n'a souhaité prendre aucun risque.

jeudi 3 septembre 2009

Lost in translation

Lu ce matin dans la copie de version d'une étudiante convoquée à la session de rattrapage. Inutile de savoir l'anglais pour savourer la traduction :
Texte original
The turnaround suggests the limits of U.S. power in the world emerging out of the rubble of the financial crisis. Many countries, including U.S. allies, are increasingly putting pressure on America to clean up a mess they believe it created.
Traduction
Le tour de table propose une limitation des pouvoirs américains sur le monde émergent de la crise financiaire redondante. Beaucoup de pays, incluant les alliés américains, sont constament en train de pressioner l'Amérique afin qu'elle répare le bordel qu'ils croivent qu'elle a créée.

dimanche 16 août 2009

La réponse est dans la question

Un adolescent abat ses parents et son frère au fusil :
on ne connaît pas encore les motivations de ce coup de folie.

mercredi 5 août 2009

Fortune cookies

En épluchant mon courrier virtuel ce matin, je tombe sur ces deux messages, sûrement bienveillants, mais dont je n'aurai lu que l'objet : "N'utilise pas ta vraie" et "Désabricotez-moi !"
Deux conseils qu'il sera difficile de suivre en même temps, j'imagine...

mercredi 29 juillet 2009

Vaguement


Qu'est-ce ?
(Réponse en commentaire)

lundi 20 juillet 2009

Tout en respectant aussi des choses qui peuvent exister

C’est plus fort qu’elle. Quand la gauche se ridiculise, ce qui devient une fâcheuse habitude, la droite – compatissante – ne peut se résoudre à la laisser se noyer seule et plonge donc à son tour, tête baissée. C’est presque une forme de courtoisie, un aveu de dette (« C’est le moins qu’on puisse faire… ») Et d’envoyer, par exemple, l’impayable Fadela Amara au 20 Heures de France 2, lundi 13 juin, pour commenter l’affaire Orelsan. Amis du parler-cash, accrochez-vous bien à vos slips…

NB : Je précise, pour les optimisto-sceptiques, que ma transcription est fidèle au mot près. Ceux qui liront ce billet suffisamment tôt pourront s’en convaincre en allant sur le site de France 2, où les JT sont archivés huit jours. C’est en pensant à tous les autres, malchanceux, que j’ai pris mon courage à deux doigts.

- Fadela Amara, les festivals ont raison d’être sur la réserve, de refuser cet artiste, ou bien est-ce que la liberté de création doit primer sur tout ?

- Écoutez je vais peut-être vous étonner mais moi je suis très très attachée à la liberté d’expression… mais je comprends parfaitement les organisations féministes ont eu raison de contester, nous sommes dans une démocratie, elles ont le droit de s’exprimer. C’est vrai que on mesure pas mais la chanson d’Orelsan – le rappeur, donc – est une chanson dans laquelle on parle des femmes mais d’une manière extrêmement abjecte. Quand on a dit ça, en réalite, on n’a pas dit grand-chose, pasque la vérite c’est que on est dans une posture artistique et je pense que on est dans des sujets qui prêtent à polémique. On est aussi dans une instrumentalisation politique pasque j’ai cru comprendre qu’y’a des pressions à la subvention qui sont faites…

- Là vous parlez de Ségolène Royal, la présidente de la région, qui avait dit : « Si vous programmez cet artiste, la subvention disparaîtra ». Elle n’a pas encore réagi, là-dessus, Ségolène Royal.

- Oui, moi je trouve que – si c’est vrai – je trouve que c’est grave, et puis de toute manière ça a pas lieu d’être dans notre pays. C’qui est intéressant en réalite c’est que le milieu du rap en réalite a très mauvaise presse globalement, pasque ce sont surtout des chanteurs qui revendiquent un certain ensemble de choses mais ils le revendiquent d’une certaine manière qui peut aussi, j’dirais, hérisser le poil – sinon plus – à beaucoup d’entre nous.

- Alors vous voulez les réunir. Pourquoi ?

- Moi j’ai souhaité les réunir autour d’une table ronde, mais ça date pas d’aujourd’hui, hein, ça date d’un bout de temps, y compris quand j’étais dans mes anciennes fonctions ; pasque je crois que justement le sujet s’y prête totalement et l’illustre parfaitement. Je crois qu’il faut à la fois respecter la liberté d’expression, la liberté artistique, auxquelles nous sommes tous très attachés… mais en même temps il faut trouver le point d’équilibre, donc cette manière de pouvoir exprimer un certain ensemble de choses en les dénonçant et en revendiquant… tout en respectant aussi des choses qui peuvent exister.

- Vous leur lancez une invitation ce soir ?

- Oui moi je lance une invitation. Je souhaiterais organiser une table ronde – tout le monde est le bienvenu – je crois qu’en fait c’est un rendez-vous qu’il faut pas manquer. Il faut que le milieu du rap et tous les rappeurs fassent la démonstration – et je pense particulièrement à un jeune rappeur qu’est très à la mode en ce moment mais qu’est un rappeur qui revient de loin aussi, qui s’appelle Larsen, qui a fait un excellent travail, sur lui-même aussi, qui est un vrai artiste qui dénonce beaucoup de choses, mais qui le denonce avec une intelligence extraordinaire. Je pense que ce serait intéressant que tous les rappeurs se réunissent, qu’y ratent pas ce rendez-vous, de faire la démonstration qu’on peut dénoncer, qu’on peut dire des choses, être contre l’injustice… et en même temps être dans un cadre qui respecte aussi les personnes.

- Pas d’interdiction mais des discussions ?

- Non j’pense pas qu’y faille interdire mais j’pense surtout qu’y faille plutôt, là, dialoguer.

lundi 13 juillet 2009

J'entends le renard


Merci infiniment à A*** de m'avoir fait découvrir ce bijou, que je ne cesse désormais d'écouter, religieusement.
Heureusement qu'elle ne comptait pas chanter aux Francofolies, elle...

mardi 7 juillet 2009

Une Porsche, une vache, une patate

Il y a tout juste une semaine, après deux longs mois d’attente, je prenais enfin les commandes de ma nouvelle voiture. Eh bien il faut être honnête : on a beau prétendre ne pas s’attacher aux biens matériels, on a beau clamer qu’on se contenterait tout aussi bien d’une poubelle à quatre roues si elle était capable de nous conduire d’un point A à un point B, on prend tout de même rapidement goût à une belle bagnole bien rutilante.

Je ne dis pas ça parce que je l’ai polishée jusqu’à en attaquer la peinture pourtant neuve, ni parce que j’ai dormi dedans cette nuit. Mais tenez, ce matin, par exemple, j’ai écrasé à coups de batte la gueule de deux pédés qui faisaient mine de s’en approcher. Après enquête, il s’est avéré qu’il s’agissait seulement de deux touristes égarés qui voulaient me demander leur chemin. Ouf ! J’en ai profité pour leur montrer mon super GPS. Ils étaient ravis !

Cet après-midi, je vais faire quelques emplettes pour égayer l’intérieur de mon bolide : parfums d’ambiance, gainages en cuir, pare-soleil Titi et Grosminet… Mais pas de chien de plage arrière, hein. D’abord, je viens d’abandonner mon vrai chien à la SPA pour ne pas qu’il me foute des poils dans le coffre ; c’est certainement pas pour en prendre un faux. Et puis j’aurais trop peur de passer pour un beauf.

jeudi 2 juillet 2009

Fool art


lundi 29 juin 2009

Dawn of the Dead

Couché vers minuit et demi, je me retourne et m'énerve dans mon lit depuis 4h30 du matin. De guerre lasse, je finis par venir "surfer" un peu. Il y a des aubes, comme ça, où l'on a vraiment la désagréable impression d'être un geek...

mardi 23 juin 2009

Top délire méga groove


Depuis le temps, j’aurais pourtant dû retenir la leçon : je suis absolument incapable de travailler en écoutant de la musique. Mais c’est plus fort que moi ; quand le travail en question est particulièrement fastidueux, je surestime mon pouvoir de concentration et retente ma chance. Hier, alors que je jouais les scribes en recopiant, pour la thèse, des citations glanées lors de diverses lectures, j’ai ainsi eu l’excellente idée de lancer un petit pot-pourri de tubes des années 90. (Bloody nostalgia!) Voilà le résultat :


In many ways, faith in the eighteenth century seems to concentrate upon itself a whole set of tensions and contradictions. On the one hand, for instance, a lot of Anglicans wondered how and why yesterday you told me ’bout the blue blue sky, and all that I can see is just a yellow lemon-tree. In this respect, the writings of the then Archbishop of Canterbury are particularly revealing: “What if God was one of us? Just a slob like one of us? Just a stranger on the bus, trying to make his way home?”

Yet on the other hand, Protestantism as a whole went through a series of changes. Whereas the doctrines which composed it had been rather simple et funky since the Reformation, from the 1720s onwards it tended to become Beregovoy, aussi vite que Senna, je veux atteindre le nirvana.

For modern readers of course, this apparent paradox may be puzzling, but that’s okay cause I’ve got no self-esteem. After all, it should be kept in mind that such changes did not only take place in Britain but also throughout Europe and even, to a certain extent, around the world around the wooooorld around the world around the wooooorld – particularly after 1776. Indeed, it was no coincidence that George III’s famous statement (“Love me, love me, say that you love me, fool me, fool me, go on and fool me.”) was delivered that very same year. As a result, our first purpose will consist in determining if it makes you happy it can’t be that baa-a-a-ad, if it makes you happy then why the hell are you so sad?



Je vous invite d’ores et déjà tous à ma soutenance (pas de baskets, s’il vous plaît). Il y aura un DJ et une boule à facettes. J’ai hâte !

samedi 20 juin 2009

Et moi, et moi, émois…

Le premier paradoxe, c’est qu’à la revendication formulée des millions de fois, pour chacun, d’être soi-même – c’est-à-dire, aurait-on pu croire, d’assumer sans entraves son originalité, son caractère unique, irremplaçable, irréductible à la norme – semble correspondre une société où les êtres sont de plus en plus semblables, et leurs aspirations plus semblablement limitées, leurs phrases plus semblablement prévisibles : plus chacun est soi-même, mieux tout le monde est pareil, médiocrement pareil.
Le deuxième paradoxe, jumeau du précédent, c’est qu’à la sommation innombrable, à tout instant et par tous les moyens proférée, de s’ouvrir à l’autre, à l’étranger, à toutes les cultures, et d’installer en soi-même comme en la cité le multiculturalisme, en somme, le pluriethnisme, l’aimante pluralité de tout, paraisse correspondre un monde où les lieux et les esprits des lieux sont de plus en plus interchangeables, pareillement affligeants en leur laideur et leur docile conformité à de piteux critères uniques. (pp. 36-8)

Renaud Camus, Syntaxe ou l’autre dans la langue, 2004


Contrairement au sentiment sans doute dominant de l’époque, l’insensibilité au jugement d’autrui n’est en aucune manière une qualité en soi ; et elle n’a pas du tout la même signification morale, ni surtout la même valeur, selon qu’elle est éprouvée par une personne qui s’en sert à protéger ses bonnes actions ou bien ses mauvaises, ses bons sentiments ou ses haines, sa nocence ou son innocence. Il se trouve hélas que la très légitime faveur dont jouit ce trait de personnalité quand il contribue à soutenir la liberté d’esprit et à défendre les comportements généraux, bénéfiques, méritoires, éclairés, qui ne sont pas jugés tels par un entourage ou un public abusés, que cette popularité et cette estime qui saluent l’indifférence à l’opinion des autres, se sont étendus bien à tort à des manifestations de cette particularité psychologique et morale où ne se reflètent rien d’autre, à la vérité, que l’absence de scrupule ou l’engourdissement, pour ne pas dire pis, de la conscience éthique. (pp. 166-7)

Renaud Camus, Éloge de la honte, 2004

jeudi 18 juin 2009

Le savoir-parler-moderne : leçon 1

– Tu bouges sur Paris, ce week-end ?
– Ouais. Je vais voir l’expo Warhol. C’était vraiment un Grand-Monsieur de l’art contemporain. Je suis assez fan.
– C’est clair. Quand tu vois ses photos, c’est que du bonheur.
– Et toi, tu bouges aussi ?
– Ce week-end, c’est juste pas possible. On a décidé de rester tranquilles avec ma copine. Ça devrait être plutôt pas mal.
– C’est du lourd ! Bon week-end, alors.
– Y’a pas d’souci.

lundi 15 juin 2009

The Good Old Days

Gallantry was, of course, a man’s world. Yet, at least in racy London society, ladies were assumed to possess strong sexual appetites and the right to their gratification. They were not kept prudishly innocent or ignorant, as perhaps in Victorian times, for sex manuals, such as Aristotle’s Masterpiece, seem to have circulated widely among women (…). London waxworks mounted ‘educational’ displays of female reproductive organs. And the Nottingham Weekly Courant of 26 November 1717 carried an advertisement informing readers that:

Any able young Man, strong in the Back, and endow’d with a good Carnal Weapon, with all the Appurtenances thereunto belonging in good Repair, may have Half A Crown per Night, a Pair of clean Sheets, and other Necessaries, to perform Nocturnal Services on one Sarah Y---tes, whose Husband having for these 9 Months past lost the Use of his Peace-Maker, the unhappy Woman is thereby driven to the last Extremity.

Roy Porter, English Society in the Eighteenth Century, 1982

samedi 13 juin 2009

Cri(cri) d’amour

Il n’y a donc plus ni pères, ni mères, ni enfants. Seulement des papas, des mamans et des bout’chou. Provisoirement, d’ailleurs, car les deux premiers seront eux-mêmes bientôt remplacés par le générique parent. (Exemple : « Hier, avec mon parent, on est allés au zoo »). L’unisexe, on dira ce qu’on voudra, c’est plus pratique et moins fasciste. Encore un peu de patience.

En attendant, disais-je, papa-maman et leurs bout’chou se portent bien. Tendez l’oreille si vous n’êtes pas convaincus. « Blocage des universités : les mamans contre-attaquent ». « Le papa qui maltraitait son bout’chou depuis 43 ans sans qu’aucun voisin ne s’en aperçoive a été interpellé ». « La maman avait congelé ses bout’chou mais le papa la soutient », etc. C’est acquis. Inutile de s’appesantir.

Je propose, en revanche, d’aller plus loin, pour mettre fin à une odieuse inégalité de traitement. Avant même de devenir papa ou maman, n’est-on pas, en effet, amoureux ou amoureuse ? Dès lors, à quoi bon chanter les louanges de la parentalité si l’on discrimine le couple, en lui niant la part d’émotion publique qui lui revient de droit ? Je suggère donc que nous fassions un travail sur nous-mêmes et que nous nous efforcions de corriger nos mauvaises habitudes, à commencer par celle qui consiste à employer des mots aussi sordidement dénués d’affectif que mari, femme, compagnon ou compagne. D’aucuns trouveront peut-être le défi difficile à relever, mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ? Imaginez avec quelle béatitude nous lirions ou entendrions les gros titres de demain : « Le Président s’est rendu à Londres accompagné de sa bibiche chérie ». « Catastrophe aérienne : 224 morts dont 96 sucres d’orge et 55 pupuces ». « Une comédienne battue à mort par son biquet d’amour ». How’s that for starters?

mardi 9 juin 2009

dimanche 7 juin 2009

A big eye is watching you


Cher directeur de thèse,

Je suis bien arrivé à Londres, sous un temps médiocre. J’ai commencé mes travaux de recherche à la British Library. Certes, ceux-ci avancent assez lentement : il y a des hauts et des bas et j’ai parfois le sentiment de tourner en rond. Je commence cependant à prendre un peu de hauteur et à mettre les choses en perspective. J’ai même, à cette heure, une bonne vue d’ensemble.

Bien à vous,
Votre studieux thésard

samedi 23 mai 2009

Not as a dodo


Marley was dead, to begin with. There is no doubt whatever about that. The register of his burial was signed by the clergyman, the clerk, the undertaker, and the chief mourner. Scrooge signed it. And Scrooge's name was good upon 'Change, for anything he chose to put his hand to.
Old Marley was as dead as a door-nail.
Mind! I don't mean to say that I know, of my own knowledge, what there is particularly dead about a door-nail. I might have been inclined, myself, to regard a coffin-nail as the deadest piece of ironmongery in the trade. But the wisdom of our ancestors is in the simile; and my unhallowed hands shall not disturb it, or the Country's done for. You will therefore permit me to repeat, emphatically, that Marley was as dead as a door-nail.
Scrooge knew he was dead? Of course he did. How could it be otherwise? Scrooge and he were partners for I don't know how many years. Scrooge was his sole executor, his sole administrator, his sole assign, his sole residuary legatee, his sole friend and sole mourner. And even Scrooge was not so dreadfully cut up by the sad event, but that he was an excellent man of business on the very day of the funeral, and solemnised it with an undoubted bargain.
The mention of Marley's funeral brings me back to the point I started from. There is no doubt that Marley was dead. This must be distinctly understood, or nothing wonderful can come of the story I am going to relate. If we were not perfectly convinced that Hamlet's father died before the play began, there would be nothing more remarkable in his taking a stroll at night, in an easterly wind, upon his own ramparts, than there would be in any other middle-aged gentleman rashly turning out after dark in a breezy spot – say Saint Paul's Churchyard for instance – literally to astonish his son's weak mind.
Charles Dickens, A Christmas Carol, 1843

jeudi 21 mai 2009

Colloquial advice

M***, amie thésarde, s’inquiète de ne pas avoir suffisamment de temps pour soumettre une proposition de communication à un colloque. En réalité, on a toujours assez de temps pour ce genre de bluff. D’expérience, je puis même affirmer que c’est souvent dans l’urgence que les traits d’inspiration les mieux sentis (phrases en chiasme, jeux de mots et paradoxes soi-disant profonds, portes ouvertes enfoncées sous le masque de l’originalité…) viennent avec le plus de facilité. L’instinct de survie, probablement.

Non, le plus dur, c’est bien entendu de poursuivre l’escroquerie une fois sur place ; autrement dit de savoir dissimuler avec élégance le fossé béant qui ne manque jamais de séparer ladite proposition de la communication finalement pondue, l’élan lyrique prometteur de l’inavouable réalité.

Trois petites astuces de base pour y parvenir à peu de frais :

1) En guise de préambule, affectez l’enthousiasme en expliquant que, certes, vous étiez initialement parti(e) sur la piste évoquée dans le programme du colloque, mais que vos recherches vous ont peu à peu amené(e) à bifurquer vers une question à votre sens plus fondamentale encore (comprenez : les trois morceaux de phrase que vous avez griffonnés la veille au soir dans votre chambre d’hôtel). Insistez sur le fait que vous n’êtes pas responsable de ce changement de dernière minute, mais qu’il s’est imposé à vous, le sacripant. Par honnêteté intellectuelle, vous ne pouviez pas l’ignorer et choisir la facilité. Au besoin, illustrez votre agacement imaginaire d’une petite moue. Concluez cependant d’un air bienveillant et fataliste : « This subject is so vast and so complex, but on the other hand it’s so fascinating ! »
Autre avantage de cette stratégie : pour des raisons de temps, que chacun comprendra, ces confidences méta-méthodologiques tiendront lieu d’introduction à votre intervention et vous dispenseront donc d’en rédiger une vraie.

2) Plus prosaïque mais tout aussi efficace : abrutissez votre auditoire d’un florilège de « visual aids » fantaisistes : citations latines, portraits de personnages illustres (Churchill, Nelson, Noddy…), schémas, diagrammes, photos de cul, tout est bon à prendre ! Il s’agit avant tout de détourner l’attention générale des fadaises que vous êtes en train de débiter.

3) Si vos fariboles ne dépassent pas les 3 minutes au chrono, découvrez-vous un chat dans la gorge et buvez abondamment. Pour plus de réalisme, nous vous conseillons de préparer le terrain environ une heure à l’avance, en poussant des râles de moribond pendant les communications qui précèdent la vôtre. Pour marquer le coup, sortez ostensiblement de l’amphi. Sous prétexte de ne pas déranger plus longtemps vos congénères par vos expectorations, vous pourrez ainsi aller vous en griller une avant que ne vienne votre tour. Ne simulez le malaise cardiaque ou l’AVC qu’en dernier recours.

Dans la prochaine leçon, nous verrons comment répondre aux questions qui suivent votre communication.

Rester soi-même

« Je suis un type tout à fait normal, comme vous et moi… »

mercredi 20 mai 2009

D'humeur gore


Le premier qui me cherche aujourd'hui...

dimanche 17 mai 2009

Sans titre

Cette balade dominicale s’annonçait pourtant sous les meilleurs auspices. Les bords de Loire par temps gris avec mon chien. C’était sans compter sur la présence en ces lieux d’un de ces « artistes du quotidien » dont notre époque a le secret. Un vrai de vrai, hein ! Pas du chiqué. Au programme, dolmens bariolés en plastique posés au bord du chemin, photocopies de portraits divers agrafées aux arbres, chaises bleues disposées en cercle les pieds dans l’eau. Et les promeneurs – pardon, le public – nullement choqué par cette pollution visuelle manifeste (à l’heure où l’écologie est pourtant reine). Ravi, même, de déambuler parmi ces horreurs et de faire d’une pierre deux coups : s’aérer et se cultiver. Café chaud offert en prime. Qui dit mieux ? Les Parisiens ont bien leurs pubs dans le métro ; pourquoi la Province n’aurait-elle pas droit à ses expositions in situ ? Égalité.

Pendant que mon toutou prenait un malin plaisir à chier à deux pas d’un totem sordide (il ne leur manque que la parole…), je m’imaginais le « flyer » qui aurait pu (et même dû) accompagner cette manifestation « bon enfant » :

Sensible au métissage des lieux et des couleurs, Urbain Labita investit les bords de la Loire où il explore avec finesse les notions de nature et de culture, d’extérieur et d’intérieur, de dit et de non-dit. « Mon but est avant tout de surprendre le spectateur, voire de le déranger, affirme-t-il non sans audace. Je veux tendre à mes semblables un miroir sans complaisance et dresser un portrait chirurgical de notre société de consommation ». Mais s’il joue avec l’art, c’est aussi pour mieux s’en jouer et le déjouer. « Je veux dédramatiser l’art ; le mettre à la portée du public ». De fait, c’est en circulant au milieu des œuvres, dont ils seront comme les respirations, que les spectateurs leur donneront un sens – le leur – et se réapproprieront leurs lieux de vie quotidienne. Café offert.

lundi 11 mai 2009

Muray, II


Ça pourrait être cela, en fin de compte, le propre de la critique : repérer ce qui tend à rendre le roman impossible. Il y a donc la poétification de la réalité. Et aussi, en vrac : l’interdiction de se moquer ou de caricaturer (tout le monde est respectable) ; la victimocratie ; le primat des larmes et de l’émotion, mélange radioactif de résidus de gauchisme et de puritanisme ; le terrorisme du cœur ; le chantage au moi comme authenticité, comme preuve (et finalement comme œuvre : « Il me suffit d’exhiber mes blessures et d’appeler ça de l’art. Reconnaissez mes blessures comme de l’art et taisez-vous ! ») (…) ; la confusion organisée des sexes (alors qu’un bon romancier est toujours un très ferme différenciateur des sexes) ; la propagande homophile acceptée lâchement comme style de vie général (« On est tous un peu homos ») ; le devenir nursery-monde du monde, l’infantilisation généralisée (devant « l’intérêt de l’enfant », qui oserait ne pas s’agenouiller ?) (…) ; le modèle du racisme à toutes les sauces (invention du « sexisme » sur le moule du racisme, fabrication plus récente du « spécisme », crime consistant à voir une distinction entre les espèces)… (« Le propre de la critique », p. 5)

Chaque anniversaire, cinquantième, centième ou cinq centième, est le début d’une sorte de curée. D’une émeute douce. D’une espèce de jacquerie revancharde contre les seigneurs de l’ancien temps, contre les maîtres des vieux châteaux de la beauté, de l’harmonie et de l’intelligence. Chaque célébration est le signal d’une compensation, d’une récupération de ce qui est censé avoir été volé aux masses. Tout commémoré, aussi, est un accusé en puissance. On est en droit d’exiger de lui, de façon posthume, une réparation, des dommages et intérêts, ne serait-ce que pour s’être illustré, jadis, à titre personnel. Le grand art du passé était une forme d’accaparement que nous ne pourrions plus tolérer si, par extraordinaire, il se manifestait de nouveau. Les plus bruyantes gesticulations commémoratives ne veulent rien exprimer d’autre que ce que l’on disait naguère de la propriété : « Le génie, c’est le vol ! » La même affirmation, le même mot d’ordre résonne à travers toutes les manifestations du Tourisme, qui est l’autre nom de la Culture. Quand le commémoré s’y prête, les commémorateurs enrôlent les foules commémorantes dans des week-ends à thèmes et des symposiums ambulants où c’est d’abord le rituel touristique de la réappropriation de masse qui est célébré (ce que les tours-opérateurs culturels appellent « restitution au public » des sites injustement confisqués. (« Rabelais à Rabelaisland », pp. 44-5)

La Comédie humaine ne se complaît nullement dans sa propre noirceur. Elle est tournée vers le rire comme vers une extériorité bienfaisante, un « monde extérieur », un ailleurs respirable. Vers ce qui empêche le roman de se retrouver transformé en succursale de clinique humanitaire, hospice compassionnel, laboratoire de chirurgie esthétique, poétique et miséricordieuse. (« Un passeport pour la pensée (Balzac) », p. 105)

Madame Bovary aux postes de commande, c’est le ministre de la Culture, de la Vie et du Bonheur réunis. Parti des utopies de rupture intégrale, l’Avant-gardiste termine sa course dans l’adhésion intégrale sans avoir eu à renier le moins du monde ses idéaux « subversifs », qui s’accordent si harmonieusement, désormais, avec la « réhabilitation » de la France et les aspirations des nouvelles classes moyennes, soucieuses de leur bien-être, avides de « changement » et de standing culturel. La récupération étatique des formes les plus ravagées, leur exhibition comme valeurs positives, sont le pain quotidien du Novateur promu. Rien n’exprime mieux, de nos jours, les sentiments majoritaires et consensuels que l’éloge de la « modernité », mariée en secondes noces avec la propagande publicitaire et le business, tout en gardant à travers les décennies une petite coloration « critique » du meilleur effet. (« Portrait de l'avant-gardiste », p. 221)
Philippe Muray, Exorcismes spirituels I, 1997

mardi 5 mai 2009

L'étalon italien

- Tiens, hier soir j'ai regardé Rocco et ses frères.
- Sans rire ? Tu t'es fait un porno ?

jeudi 30 avril 2009

Did you say nonsense?

The articulation of nonsense is the recognition of an anxious contradictory place between the human and the not-human, between sense and non-sense. In that sense, these 'senseless' signifiers pose the question of cultural choice in terms similar to the Lacanian vel, between being and meaning, between the subject and the other, 'neither the one nor the other'.
Sorry if I sound rude or unpleasant. No offence, but... whatever the FUCK does that mean???

mercredi 22 avril 2009

Phalange strip-tease




Je remercie chaleureusement C***, amie thésarde, pour l’envoi de ces magnifiques – pour ne pas dire érotiques – clichés, sur lesquels, comme moi, elle est tombée en dépouillant les archives numérisées d’un périodique (voir mon billet « Digital version » du 24 mars). Notez bien les couleurs chatoyantes et la fantaisie du protège-doigt. Une touche de glamour qui, n’en doutons pas, saura ravir les universitaires les plus blasés au cours de leurs recherches.

C*** me suggère également – et je trouve l’idée excellente – de faire de ces trésors un album, un peu comme dans Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain. Le mouvement est lancé. Qui sait ? Peut-être un jour me mettrai-je en quête des petites mains qui se cachent derrière ces masques de latex.

jeudi 16 avril 2009

Mangez des pommes !

Guillaume Tell n’est certes pas l’opéra le plus connu de Monsieur Tournedos (à moins que ce ne soit Tournedisque). Il ne compte d’ailleurs « que » deux airs passés à la postérité : l’allegro vivace de l’ouverture* et le divertissement dansé par les villageois au premier acte.

Et pourtant, il gagne beaucoup à être découvert. Surtout dans la magnifique version mise en scène par Francesca Zambello et enregistrée à Paris Bastille, avec Thomas Hampson dans le rôle titre et Bruno Campanella à la baguette. Interprétation soignée, voix marquantes, décors sobres et cohérents et surtout, réalisation irréprochable. Voilà un opéra filmé qui « présente » mieux que bien des films-opéras. Un régal.

* Pour une version explosive de la fameuse – et maintes fois détournée – ouverture, on pourra aller jeter une oreille par iciCe petit malin s’est aussi payé l’ouverture du Barbier de Séville.

lundi 13 avril 2009

Histoire de Pâques

Au cours d’un voyage, alors que je visitais une église, une jeune femme charmante s’approcha de moi. Lunettes rectangulaires en plastique épais sur le nez, stylo et calepin à la main, elle me salua, m’expliqua (en chuchotant) qu’elle était journaliste pour je ne sais quel canard local et me demanda fort poliment si j’accepterais de répondre (en chuchotant) à deux ou trois questions.

Une fois mon accord obtenu, elle me confia que l’article qu’elle préparait avait pour sujet les cloches. Son objectif était de « déterminer quelle était leur influence sur la vie quotidienne des gens ». D’ailleurs, qu’est-ce que j’en pensais, moi, au juste, des cloches ? Un peu décontenancé, je bafouillai, en substance, que je n’en pensais pas grand-chose, voire rien du tout. Ma belle fit alors une petite moue dépitée : ma réponse n’était manifestement pas la bonne. Heureusement, j’avais droit à une session de rattrapage. Elle me tendit donc gentiment une nouvelle perche. Quand j’entendais sonner les cloches, par exemple en me promenant, quelles étaient mes impressions, mes émotions ? Je me concentrai du mieux que je pus. Il s’agissait de ne plus commettre de gaffe. Et de prouver que j’étais, moi aussi, un être sensible.

Oui, le son des cloches m’était agréable. Il m’apaisait, même. Un retour nostalgique à l’enfance, peut-être ; quand je l’avais entendu pour la première fois. Non, je n’étais pas croyant, mais il n’empêchait que j’étais touché par le carillon des mariages et des sorties de messe ou par le glas des enterrements qui ponctuaient la vie de toute cité, en étaient comme la respiration et me poussaient à des méditations profondes sur le grand cycle de la vie. De même, il me semblait que les heures égrenées au rythme des « ding-dong » remettaient un peu d’ordre, de sens, de chronologie dans nos vies affolées de citadins pressés et nombrilistes.

Mon interlocutrice sembla pleinement satisfaite de ces paroles inspirées, de ces aveux pudiques qu’elle avait su m’arracher en perçant ma carapace dans une brève mais complice parenthèse. Ce n’était pas rien, après tout, que d’avoir réussi à mettre au jour les pensées intimes d’un anonyme dans les ténèbres humides de ce lieu spirituel (à deux pas du confessionnal, qui plus est – tout un symbole !) Après avoir murmuré un enthousiaste « Oh, c’est bien ça ! » tout en griffonnant sur son calepin, elle me remercia chaleureusement, tourna les talons et se mit en quête d’une nouvelle proie. Elle avait fait son travail ; et pas qu’un peu.

En quittant l’église, je songeai, honteux et aigri, à toutes les fois où j’avais pesté contre le conformisme ahuri et mièvre de l’homme de la rue qui s’étalait à qui mieux mieux dans les media. Contre cette ribambelle de fictions convenues qu’on lui réclamait discrètement mais fermement et dont il était assez stupide pour se faire inlassablement l’écho. Contre ce flot de fariboles dont je prétendais vomir la lecture et l’écoute mais que je venais moi-même, en bon petit soldat, de régurgiter sur commande.

J’étais sonné. Je venais d’apprendre à mes dépens qu’on est toujours la cloche de quelqu’un.

jeudi 9 avril 2009

Paronymes de pointure

Il y a des confusions, des coquilles, des lapsus qu’on voudrait voir entrer dans la norme tant ils tombent sous le sens.

En lisant un document qu’on m’avait demandé de corriger, j’ai eu la chance de tomber sur l’un de ces trésors. Il y était question d’un truand sans envergure. L’auteur, ayant sans doute trop longuement hésité entre l’expression « au petit pied » et « à la petite semaine », avait fini par écrire qu’il s’agissait d’un « malfrat à la petite semelle ».

J’achète ! Sans ironie ni discussion.

Note : Ce billet me fait songer à la contrepèterie bien involontaire – du moins ai-je la naïveté de le croire – dont une étudiante m’avait honoré dans la langue de Shakespeare. Je pense qu’elle voulait dire « I gave him a wink » mais, si vous me passez l’expression, c’est autre chose qui était sorti…

samedi 4 avril 2009

Sauvons l’enfance en danger !

Apéro prolongé, hier soir, avec A***. Forts de quelques charcutailles et de deux bouteilles de vin blanc, l’une « aimable », l’autre « gourmande » (dixit mon caviste), nous avons notamment discuté de l’influence qu’ont pu avoir les films d’épouvante et d’horreur sur notre imaginaire d’enfants puis d’adultes. De mémoire (il était costaud ce p’tit Vouvray), nous avons peu à peu dérivé vers la question des « traumatismes » – mot très à la mode. Les conclusions de cet entretien au sommet sont les suivantes :

Premièrement, il paraît bien inutile de se fatiguer à interdire aux enfants de voir des films d’horreur sous prétexte que cela risque de les traumatiser puisque l’enfance est de toute façon faite de traumatismes et de peurs à affronter. On n’y peut rien et c’est très bien comme ça. Quand bien même un gosse ne verrait rien de plus gore que les Schtroumpfs, il n’en ferait pas moins des cauchemars en songeant à l’odieux Gargamel.

Deuxièmement, lesdits traumatismes ne sont jamais là où on les attend. À titre personnel, je demeure convaincu que j’ai été plus durablement et profondément marqué par certaines histoires – d’ailleurs géniales – dites « pour enfants » que par les joyeux massacres et les ripailles cannibales devant lesquelles je riais à gorge déployée dès l’âge de 7 ans. Prenez n’importe quel conte. La Chèvre de M. Seguin, par exemple. Ca n’a l’air de rien comme ça, n’est-ce pas ? Quels abîmes d’angoisse, pourtant ! La liberté qu’il faut toujours payer au prix fort ; les risques qu’il y a à devenir adulte et à faire ses propres choix ; la peur de faire du chagrin à ses parents en s’émancipant et le sentiment de culpabilité qui en découle. Tout un programme ! De quoi faire gamberger n’importe quel gamin des nuits entières. Et l’on voudrait nous faire croire qu’à côté de ça, Massacre à la tronçonneuse n’est pas foncièrement drôle, léger, rassurant ? À d’autres !

Enfin, la question de la nocivité des films violents n’a de toute façon plus le moindre sens pour une génération d’enfants née avec internet. Et qu’on ne vienne pas me parler du « contrôle parental », cette vaste blague ! Après avoir visionné quelques autopsies, maté trois ou quatre films porno et s’être passé en boucle la pendaison de Saddam Hussein, nos chères petites têtes blondes ne seraient-elles pas ravies de se réfugier dans un brin de fiction ? Ne seraient-elles pas soulagées de décompresser en découvrant une gentillette Nuit des morts vivants ? Quelques grammes de finesse dans un monde de brutes.

Ne nous remerciez pas. Il est urgent d’agir.